
Un orc pour mon EVJF
Avant de dire oui pour la vie, il faut savoir ce qu'on rate.
- Orc
- Size difference
- Gentle giant
- Comédie
Nouvelle · environ 55 min de lecture · paru le 31 juillet 2026
L'histoire
Un orc pour mon EVJF est une romance orc de Léna Orso, dans l'anthologie Les Orcs sont en ville.
Je me marie samedi. Là, je suis plantée sur un trottoir, un voile en paillettes de travers, cinq gins dans le sang, et mes copines qui me poussent vers la porte du club d'orcs le plus flippant de la ville. Pour mon enterrement de vie de jeune fille. Évidemment.
Le patron s'appelle Zarek. Deux mètres, des défenses, un costume trois pièces, et un sourire qui a déjà tout vu. Toute la semaine, on me demande la couleur des serviettes et le plan de table. Lui, il me pose une seule question : qu'est-ce que je suis venue chercher, ce soir ?
On m'avait juré qu'un club d'orcs me dévorerait. On avait tellement raison.
Aux Forges, les orcs entretiennent leur réputation de monstres. C'est comme ça qu'ils protègent ce qui se passe derrière la porte.
Bienvenue à la Fosse.
Romance orc · comédie spicy · gentle giant · size · EVJF
Le début du livre
Le trottoir tangue un peu, ou alors c'est moi, à ce stade de la soirée je fais plus tellement la différence. Inès a dit que c'était une surprise, et une surprise après cinq cocktails ça peut vouloir dire absolument n'importe quoi. On est plantées devant une porte noire, dans une rue que je connais pas, et au-dessus il y a un mot en lettres rouges qui bourdonne : LA FOSSE.
– Vous êtes sérieuses, je dis.
Personne répond. Coralie glousse dans son écharpe. Jess me tient par le coude parce que mes talons et ce pavé ne sont pas d'accord sur grand-chose. Et moi j'ai mon voile. Mon petit voile ridicule en tulle accroché dans les cheveux avec écrit MARIÉE en paillettes, parce qu'apparemment c'est la loi quand t'es la fille qui se marie samedi, faut que tout le monde le sache à dix mètres.
La Fosse. Le club d'orcs. Celui dont ma collègue parlait à voix basse à la machine à café, genre c'est sketchy, genre il paraît que le patron c'est un vrai, un grand, un truc. J'avais hoché la tête à l'époque, vaguement, en pensant à mon plan de table. Et maintenant je suis là devant la porte avec un voile sur la tête et une bague à six mille euros qui pèse soudain très lourd à mon doigt gauche.
– Inès. Inès. C'est un truc d'orcs.
– C'est le meilleur truc d'orcs de la ville, elle dit, très fière, comme si elle m'annonçait un restaurant étoilé.
– Mais on va se faire... je sais pas, moi. Manger.
– Tu vas adorer.
Elle a ce sourire. Celui qu'elle avait avant de me convaincre de sauter d'un ponton à Biarritz, et j'avais adoré, donc statistiquement elle a raison, mais statistiquement je suis aussi très bourrée et c'est peut-être ça qui parle. Le néon rouge me chauffe la joue. Ou c'est l'alcool. Probablement l'alcool. La rue sent le froid et le parfum de Coralie et quelque chose en dessous, du bois, du sucre brûlé, qui vient de l'autre côté de la porte.
– D'accord mais écoutez, je dis, et je lève un doigt parce que j'ai un argument très solide, attendez. Je me marie. Samedi. Dans quatre jours. Une mariée, ça va pas dans un club d'orcs, c'est... il y a des règles. Sûrement.
– Quelles règles, demande Jess.
– Je sais pas. Des règles.
Je trouve pas les règles. Elles existent forcément, ces règles, quelque part dans ma tête bien rangée de future épouse avec son plan de table validé et son traiteur confirmé, mais ce soir ma tête bien rangée a fermé boutique et il reste juste moi, sur un trottoir, avec un voile en paillettes et une curiosité qui monte beaucoup plus vite que la trouille.
Un type ouvre. Enfin, un type. Deux mètres de type. La peau gris-vert, des épaules qui prennent tout le cadre, et deux petites défenses qui dépassent quand il sourit. Il sourit. Il porte un costume. Un orc en costume trois pièces qui nous regarde avec mon voile et mes copines et mes talons en bataille, et qui dit, d'une voix posée comme du velours :
– Mesdames. On vous attendait.
Je manque de tomber. Pas de peur. De surprise, parce que je m'attendais à un grognement, à un truc, et lui il a dit mesdames comme un maître d'hôtel.
– On vous attendait pas, je corrige, parce que mon filtre est parti se coucher il y a deux verres. On a juste... Inès a réservé quelque part, je crois ?
– Inès a réservé, confirme l'orc, et il s'écarte pour nous laisser passer. Bienvenue à la Fosse.
Et là c'est le moment où je devrais avoir peur. Je le sais. Une partie de moi, tout au fond, sous le gin et le voile, lève la main poliment pour signaler qu'on entre dans un club d'orcs un soir d'enterrement de vie de jeune fille et que c'est peut-être pas la décision la plus mûre de ma vie d'adulte sur le point de se marier.
Mais l'autre partie a déjà passé la porte.
Et là, deuxième surprise de la soirée.
Je m'attendais à du sombre, du poisseux, du néon qui grésille et des recoins qui sentent la bière tournée. Une fosse, quoi. C'est dans le nom. J'avais déjà le scénario complet dans ma tête bourrée : on entre, c'est moche, on rigole nerveusement, on commande un verre hors de prix, on repart au bout de vingt minutes en se racontant qu'on a osé.
Sauf que c'est beau.
C'est vraiment beau, et je reste plantée sur le seuil comme une idiote avec mon voile de travers. Du velours partout, profond, de la couleur du vin. Des banquettes basses où on s'enfonce rien qu'à les voir. Une lumière chaude, dorée, qui vient de nulle part et de partout et qui te rend belle même à deux heures du matin avec cinq gins dans le sang. Ça sent le cèdre. Le bois et le sucre que j'avais reniflés dehors, ici c'est partout, ça monte dans la gorge, ça réchauffe.
– Oh, je fais.
Juste ça. Oh.
– Je t'avais dit, chante Inès quelque part derrière moi.







