
Moi et mon orc devant tout le monde
Monster romance exhibitionnisme – Couple établi, voyeurisme, size difference – Je suis venue être vue.
- Orc
- Size difference
- Romantique
Nouvelle · environ 55 min de lecture · paru le 14 juillet 2026
L'histoire
Moi et mon orc devant tout le monde est une romance orc de Léna Orso, dans l'anthologie Les Orcs sont en ville.
Toute ma vie, j'ai voulu qu'on me regarde. En rougissant dans le métro, jamais à voix haute. Ce soir, mon orc m'emmène dans une soirée qui tourne à l'orgie, et il me pose une seule question : qu'est-ce que tu es venue chercher ?
Alors je le dis tout haut, devant eux tous : je veux me donner en spectacle. Je veux qu'ils nous regardent. Quand je m'agenouille devant lui sous la lumière et que la salle entière retient son souffle, je comprends que je ne suis pas descendue ici pour me cacher. Je suis venue être vue.
Le début du livre
La porte se referme derrière moi et le bruit me prend à la gorge. En bas, sous nos pieds, des dizaines de voix montent en un seul grondement chaud, et quelque chose dans mon ventre se tend vers elles avant même que je voie qui les pousse. On m'avait prévenue. Ça tourne à l'orgie en fin de soirée, disait le message, et le mot, sur l'écran de mon téléphone, avait l'air sale. Je l'avais relu trois fois dans le métro. J'avais observé les gens autour de moi taper sur leurs claviers, lire le journal, vivre leur vie propre, et j'avais pensé : aucun de vous ne sait où je vais.
Krush descend la première marche avant moi. Sa main reste dans mon dos, large, posée bas sur mes reins, et je la devine à travers la robe comme une consigne.
Vu du trottoir, l'immeuble avait tout du repaire qu'on imagine quand on dit ce mot-là. Une grille, une cour mal éclairée, une fille à l'entrée avec une tablette. J'avais le ventre noué. J'avais cuirassé tout le trajet, prête à du glauque, à des prédateurs, à devoir me défendre.
Et puis la fille à la tablette nous a souri comme une hôtesse.
– Vous connaissez les règles ?
Elle les a récitées quand même. Le consentement se demande à voix haute. Un non met fin à tout, sans discussion. On ne touche personne qui n'a pas dit oui. Des bracelets de couleur, un pour ceux qu'on peut approcher, un pour ceux qu'on contemple sans plus. Elle a coché des cases sur son écran, vérifié nos noms sur une liste, et je me suis rendu compte que j'avais retenu mon souffle pour rien.
Tout ce que je croyais dangereux, ils l'avaient déjà désarmé à la porte.
C'est ça qui me fait le plus drôle, en descendant l'escalier. Pas la peur. Le contraire de la peur. Un endroit où chaque chose effrayante a été nommée, bornée, rendue sûre, et où il ne reste, une fois la cuirasse tombée, que ce que je veux vraiment. La rumeur se précise à mesure qu'on descend. Des rires. Un verre qu'on pose. Une plainte, quelque part, déjà, pas cachée du tout.
Krush s'arrête sur l'avant-dernière marche. Il se retourne. Dans la lumière basse, sa peau verte accroche des reflets cuivre, et ses défenses brillent quand il entrouvre la bouche sans rien dire. Il me laisse finir de descendre vers lui. Je connais cette façon qu'il a de me fixer. C'est celle qu'il a au-dessus de ses platines, juste avant de lâcher le premier morceau, quand il tient une salle entière au bout des doigts et qu'il le sait.
– Tu trembles, il dit.
Ce n'est pas une question. Il a raison, en plus. Mes mains tremblent un peu. Pas de trouille. D'autre chose, de plus vieux, que je traîne depuis que je suis assez grande pour savoir ce que c'est qu'avoir envie d'être regardée.
– C'est le froid, je mens.
Il sourit. Il devine toujours quand je mens, c'est insupportable. Sa main quitte mes reins, remonte, et deux doigts viennent se poser au creux de mon cou, là où le pouls cogne. Il perçoit ce que je ressens. Le contact est chaud, sec, sûr. Une main qui ne rate jamais sa cible.
En contrebas, le sous-sol s'ouvre. Un grand espace voûté, des canapés bas, des draps tendus, des corps que je n'ose pas encore détailler. Et l'odeur, déjà, qui monte. De la peau, de l'alcool tiède, quelque chose de musqué dessous.
Le son, surtout. Je ferme une seconde les paupières pour l'écouter, par réflexe, comme je le fais toujours avant de me montrer quelque part. Une basse sourde, lointaine, posée si bas qu'on la ressent dans le plexus plus qu'on ne l'entend. Et par-dessus, ce tissu de souffles, de petits cris retenus, de mots que personne ne dit assez fort pour qu'on les comprenne. Tout un lieu qui parle la même langue sans phrases. Je sais déjà que je vais ajouter ma voix à la leur. Que c'est même la seule raison pour laquelle je suis descendue.
Quelqu'un nous voit arriver. Une femme, sur un divan, la tête renversée, qui tourne le visage vers nous et ne nous lâche plus. Son attention descend sur moi, m'évalue, et au lieu de me crisper, je me redresse. La chaleur me monte aux joues, descend ailleurs.
Je suis venue pour ça. Pour cette femme-là, et tous ceux qui vont suivre.
Krush retire ses doigts de mon cou. À leur place, il laisse une phrase, basse, juste pour moi, dans la rumeur de la pièce.
– Pas encore.
Il nous trouve un coin en surplomb, deux marches au-dessus de la grande salle, d'où on voit tout sans être au milieu. Encore. On s'installe. Une fille passe avec un plateau, on prend deux verres qu'on ne boira pas, et Krush s'assoit près de moi, sa cuisse contre la mienne, sa paume qui se referme sur ma hanche.
Elle ne la quitte plus.







