LÉNA ORSO
Couverture de Trois aliens et un malentendu

Trois aliens et un malentendu

Je croyais m'inscrire à une convention culturelle. Personne ne m'avait parlé du tournoi d'accouplement.

Novella · environ 1 h de lecture · paru le 14 juin 2026

L'histoire

Trois aliens et un malentendu est une romance alien de Léna Orso.

Je suis venue pour une convention culturelle interstellaire. J'ai signé douze pages de formulaire sans en lire une ligne. Trop tard : me voilà inscrite aux Olympiades d'Accouplement, seule humaine de l'arène. Reculer ? Incident diplomatique. Alors autant leur offrir un beau spectacle.

Trois prétendants, trois mondes, trois biologies. Un colosse pour qui je suis la première humaine, terrifié à l'idée de me briser. Un champion à quatre mains, bien décidé à défendre son titre. Un dernier dont la seule présence met le feu à ma peau... et à tous les gradins.

Et le pire, c'est que j'adore ça.

Extrait

Le début du livre

La première chose que je sens en passant la grande porte, c'est tous ces regards qui se posent sur moi en même temps, comme une paume tiède appuyée à plat entre mes omoplates. Trois cents créatures dans les gradins, peut-être plus, et pas une seule qui ressemble à un humain. (Détail que j'aurais sans doute dû relever avant de signer, mais on en reparlera.) Moi je suis venue pour la culture interstellaire, et la culture, en général, ça s'observe de près.

Donc j'observe. Et eux me regardent.

L'arène est ronde, énorme, taillée dans une pierre qui n'existe pas chez nous, du noir profond avec des sillons qui battent doucement, bleu puis violet, au rythme d'un pouls que je ne comprends pas encore. Le sol est tiède sous mes sandales. L'air a un goût de métal chauffé et de quelque chose de sucré, lourd, qui me reste au fond de la gorge à chaque inspiration. Je déglutis. Ma peau picote partout où la clarté me touche, et ici elle vient d'en haut, blanche, franche, braquée sur le centre du cercle comme si toute la salle avait été construite pour qu'on voie une seule chose à la fois.

Une chose au milieu. Au milieu, pour l'instant, il y a moi.

Je rajuste la bretelle de ma robe, ce petit geste idiot qu'on fait quand on ne sait pas quoi faire de ses mains. Mauvaise idée. Le mouvement déclenche une vague de sons dans les gradins, des cliquetis, des respirations graves, un bourdonnement qui monte et retombe, et je comprends en une seconde que tout ce que je fais ici est vu. Chaque centimètre. Je relâche la bretelle très posément, et le bourdonnement me suit, attentif, comme si trois cents paires d'yeux venaient de prendre une longue inspiration en même temps.

D'accord. Bon public.

Une silhouette se détache et glisse vers moi. Grande, fine, drapée dans une matière qui change de couleur quand elle bouge. Le visage est lisse, sans nez visible, avec deux fentes verticales à la place des yeux et une bouche trop large qui s'ouvre sur une voix étonnamment douce, traduite en direct par le petit boîtier qu'on m'a collé derrière l'oreille à l'arrivée.

– Délégation humaine, dit la créature. Nous sommes honorés. Si rarement vous nous faites cet honneur.

– C'est tout l'honneur pour moi, je réponds, parce que c'est une de ces formules qu'on répète mille fois dans les galas de mon père et qui ne veulent rien dire, ce qui tombe bien vu que je ne comprends pas un traître mot de ce qui se passe.

La créature incline la tête. Ses fentes oculaires me parcourent de haut en bas, descendent jusqu'à mes chevilles, remontent sans se presser, et il y a dans ce trajet une lenteur que je connais, que je reconnaîtrais n'importe où, dans n'importe quelle galaxie. C'est un regard qui évalue. Un coup d'œil qui pèse une marchandise.

Je devrais peut-être trouver ça inquiétant. À la place, je sens une chaleur idiote me monter aux joues, parce qu'on m'a regardée toute ma vie et que celui-là, au moins, ne fait pas semblant.

– Vous arrivez juste à temps, reprend la créature. Le tirage est presque clos. Vous serez parfaitement intégrée au tableau.

– Le tableau ? je répète.

– Eh bien le tableau des affrontements. Trois rondes pour vous, puisque vous êtes nouvelle. C'est généreux. Le comité a beaucoup insisté.

Je hoche la tête comme si tout ça avait le moindre sens. Des affrontements. J'imagine des stands, des conférences, peut-être une dégustation de je-ne-sais-quoi de fluorescent, un type qui parle pendant quarante minutes d'échanges culturels pendant que je cherche le bar. Une convention, quoi. J'ai signé pour une convention. Le formulaire faisait douze pages, traduites par une machine qui hésitait visiblement entre plusieurs sens du même mot, et j'ai coché tout ce qu'il fallait avec la légèreté de quelqu'un qui n'a jamais lu un contrat de sa vie.

Autour de moi, les gradins s'animent. Le faisceau central s'intensifie d'un cran. Quelque part au-dessus, une cloche grave résonne, longue, et trois cents voix lui répondent par une rumeur satisfaite qui me traverse la cage thoracique.

– Ça commence quand ? je demande, parce que l'enthousiasme, chez moi, c'est plus fort que la prudence.

La créature sourit, si on peut appeler ça un sourire.

– Maintenant.

Une plateforme s'élève au centre de l'arène, sans bruit, juste un glissement de pierre lisse contre la pierre. Dessus, il y a une banquette basse, large, recouverte d'une matière souple qui luit faiblement, et autour d'elle, gravés dans le sol, des symboles que mon boîtier traducteur essaie courageusement de me rendre. Honneur. Accouplement. Démonstration. Le mot revient trois fois, et à chaque fois la machine hésite, propose union, se reprend, propose performance, abandonne.

Je relis le panneau lumineux qui flotte au-dessus de la plateforme. Le boîtier s'y reprend à deux fois, puis se décide.

Olympiades d'Accouplement. Édition 212. Concurrente humaine : engagée.

Ah.

Il y a un moment, un tout petit moment, où mon cerveau refuse poliment l'information. Un blanc, comme quand le serveur annonce le prix d'une bouteille que quelqu'un d'autre était censé payer. Accouplement. Le formulaire de douze pages. Les cases que j'ai cochées les unes après les autres en sirotant un verre, sur le yacht de mon père, parce qu'une amie avait dit ça va être tellement exotique et que moi, l'exotisme, j'ai toujours adoré ça.

Je me tourne vers la créature drapée.

– Petite question. Quand vous dites accouplement, vous voulez dire accouplement au sens, euh, botanique ? Pollinisation ? C'est une métaphore, en gros ?

– Au sens reproductif et démonstratif, dit-elle avec une patience exquise. Vous concourez. Trois prétendants vous ont été assignés par tirage. Vous vous unissez à chacun, devant le comité et l'assemblée, et l'assemblée juge. C'est un très grand honneur. Le quota humain n'avait pas été rempli depuis quarante cycles.

– Et... je peux me retirer ?

Le silence qui suit a une texture. Les gradins se taisent d'un coup, et ce silence pèse plus lourd que tout le vacarme d'avant. La créature penche la tête, et ses fentes oculaires se rétractent légèrement, ce qui chez elle doit signifier quelque chose entre la gêne et l'horreur diplomatique.

– Vous retirer, répète-t-elle, comme si je venais de proposer d'incendier le bâtiment. Une concurrente engagée qui se retire après le tirage… ce serait perçu comme un affront. Par les trois maisons assignées. Par le comité. Par votre propre délégation, dont c'est la première participation depuis si longtemps. Les conséquences seraient… diplomatiquement catastrophiques.

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