
Son glamour ne marche pas sur moi
Le prince fae doit me séduire pour de vrai.
- Fae
- Femme dominante
- Romantique
Nouvelle · environ 60 min de lecture · paru le 13 avril 2026
L'histoire
Son glamour ne marche pas sur moi est une romance monstre de Léna Orso.
Je suis immunisée au glamour fae. Son charme glisse sur moi. Sa beauté ne m'atteint pas. Quand les autres ferment les yeux et s'agenouillent, je reste debout. Bras croisés. Et c'est lui qui tremble.
Huit siècles de glamour comme béquille. Personne ne l'a jamais touché pour de vrai. Ma main sur sa mâchoire, et son corps entier s'illumine. Il ne sait pas séduire sans magie. Il va apprendre à genoux, dans ma langue, à mes conditions.
Le début du livre
Mes bagues cognent à chaque pas. Argent contre cuisse, un cliquetis froid que personne ici ne remarque parce que tout le monde, dans cette cour, fixe les mauvaises choses.
La salle est immense. Colonnes d'os blanc, sol de pierre noire, lumière qui tombe d'une source invisible et qui rend tout le monde beau. Correction : qui rend tout le monde acceptable. Les fae autour de moi portent des visages lisses, des peaux sans pores, des sourires calibrés. Le glamour est partout, épais comme de la fumée dans un bar, et il pue la même chose : l'effort de plaire.
Je traverse sans ralentir.
Un courtisan s'approche, m'offre un sourire parfait. Sa mâchoire est trop symétrique. Ses iris, derrière le filtre, sont jaunes et fendus, avec une troisième paupière qui cligne de côté. Je ne lui rends pas son sourire. Il recule.
Ils font tous ça. S'approcher, tenter, reculer. Le glamour les pousse à essayer. Mon sang les force à échouer.
Ma grand-mère appelait ça le garde-corps. Trois générations de femmes vodou entre moi et leur magie. Le glamour glisse sur moi comme de l'eau sur de la cire. Là où les mortelles voient la beauté, je vois le brut : les iris fendus, les articulations qui plient dans le mauvais sens, les dents un rang de trop. Les fae sont fascinants. Mais pas pour les raisons qu'ils croient.
La convocation est arrivée ce matin. Un parchemin qui sentait la mousse et la cendre froide, avec un sceau que mes bagues ont reconnu avant moi. La dette de ma mère. Vingt ans d'intérêts. Le prince de la cour veut son dû.
Mon dû, c'est de me présenter. C'est tout ce que le sceau exige, et c'est tout ce que j'accorde.
La foule s'écarte quand j'approche du fond de la salle, par instinct. Le glamour ambiant bute contre moi et rebondit, et les fae à proximité le sentent, un courant d'air froid dans une pièce chauffée. Quelques têtes se tournent. Je les laisse regarder.
Le trône est un arbre. Vivant, noir, avec des branches qui forment un dossier et des racines qui s'enfoncent dans la pierre. Assis dedans, le prince.
Le glamour qu'il porte est le plus dense de la pièce. Là où les courtisans portent un voile, lui porte une armure. Les mortelles doivent voir un visage de statue grecque, des cheveux d'argent liquide, une beauté si totale qu'elle fait mal à regarder.
Moi, je vois autre chose.
Des pommettes trop hautes, taillées en lame. Des iris verticaux, dorés, avec une pupille en fente qui se dilate quand je m'arrête devant lui. Une peau qui pulse, très légèrement, sous la surface, comme si quelque chose de vivant circulait entre le derme et l'os. Ses oreilles sont pointues, longues, et elles bougent. Ses dents, quand il entrouvre la bouche, sont un demi-centimètre trop longues.
Il est beau. Mais pas la beauté lisse qu'il vend aux autres. Beau comme un couteau est beau, car on y sent le danger.
Ses iris se posent sur moi et ne me quittent plus.
Le silence s'installe. Attentif.
Il se penche en avant. Les branches de l'arbre-trône craquent sous le mouvement.
– Vous voyez.
Sa voix est plus grave que ce que le glamour devrait produire. Une fissure dans le filtre.
Je ne réponds pas immédiatement. Mes bagues cliquent quand je croise les bras.
– Je vois.
Deux mots. Suffisants. Ses iris se dilatent, la fente s'élargit, et pendant une demi-seconde, sa chair pulse plus vite. Puis il se reprend.
– Personne ne voit, dit-il. Pas depuis…
Il ne finit pas. Sa troisième paupière, celle qu'il cache d'habitude sous le glamour, cligne une fois. Et je note, sans rien montrer, que ce clignement est la première chose honnête que j'ai vue dans cette cour.
Je le regarde et j'attends.
Il descend du trône. Lent, fluide, chaque mouvement calculé pour impressionner. Les courtisans reculent d'un pas. Deux pas. Le glamour qu'il dégage en marchant est presque physique, une vague de chaleur douce qui pousse les corps à s'écarter.
Sur moi, rien.
Il s'arrête à un mètre. De près, les détails sont plus nets. Les veines sous la surface pulsent en rythme avec quelque chose qui n'est pas un cœur, ou qui n'en a pas le bon nombre de battements. Ses griffes, à peine visibles, rentrent et sortent de ses doigts comme un chat qui pétrit l'air. Ses cheveux ne sont pas argentés. Ils sont blancs, d'un blanc animal, et ils bougent seuls.
– Votre lignée, dit-il.
Pas de curiosité. Du calcul. Il cherche à comprendre pourquoi son arme ne fonctionne pas.
– Ma lignée n'est pas votre affaire.
Sa mâchoire se contracte. Un geste si humain, sur un visage si peu humain, que j'en note la dissonance sans la commenter. Mes bagues tapent doucement contre mon avant-bras croisé. Tic-tic. Je le laisse entendre.
– La dette de votre mère, dit-il. Vous savez ce qu'elle couvre.
– Je sais lire un sceau.
– Alors vous savez que votre présence est un paiement partiel. Le reste se négocie.
Il fait un pas de plus. Le glamour se concentre, et même si je ne le sens pas, je vois l'air autour de lui épaissir. Les courtisans les plus proches ferment les paupières. Une fae à ma gauche pose sa main sur son propre cou, et ses joues rougissent.
Moi, rien. L'air est l'air. Sa beauté est sa beauté. Mon sang est mon sang.
Il tente autre chose. Le glamour sensuel, celui qui entre par l'épiderme. Je sais ce que les mortelles ressentent à ce stade : un picotement sur la nuque, une bouffée de chaleur entre les cuisses, une envie de s'approcher. Mes bagues me l'ont appris avant que je sache marcher. Les femmes de ma famille documentent les effets du glamour fae depuis trois générations, dans des carnets à couverture de cuir que ma grand-mère fermait avec un cadenas.



