
Ses défenses contre ma gorge
- Orc
- Captive
- Size difference
- Sacrifice
- Dark
Novella · environ 1 h de lecture · paru le 29 juillet 2026
L'histoire
Ses défenses contre ma gorge est une romance orc de Léna Orso.
Je suis le tribut qu'on a jeté aux pieds du chef orc, une corde au cou.
Il l'a tranchée contre ma gorge d'un seul geste, assez près pour que je sente le métal sur ma peau. Puis il a dit trois mots à son clan, et plus un seul d'eux n'a osé lever les yeux sur moi.
Désormais, le seul rempart entre ma gorge et tout le camp, ce sont ses crocs.
Dans sa tente, ces mains capables de me briser la nuque me lavent, me tiennent, me gardent. Il range son arme devant moi. Il met son corps entre moi et la porte. Et de toute la nuit, il ne réclame qu'une chose : que je cesse de me taire.
Demain, tout le clan lira sur ma gorge à qui j'appartiens.
Le début du livre
La corde me tient par la gorge, et c'est la première chose que je sens du camp avant même d'en voir les feux : ce nœud qui scie, qui m'a appris en deux jours de marche à respirer petit, à pencher la tête là où la corde veut. On m'a livrée comme on dépose une offrande sur une pierre, sans un mot pour me dire ce qu'un camp orc fait d'un tribut une fois la corde nouée. Il fait nuit, les feux sont bas, et tout autour de moi des silhouettes trop grandes se tournent vers la mienne.
Je ne lutte pas. J'ai appris ça avant même de savoir marcher, je crois, cette façon de suivre le mouvement plutôt que de m'y briser, de laisser la corde décider de l'angle de mon cou et mon corps suivre sans une protestation. L'homme qui m'a menée jusqu'ici me pousse en avant d'une main entre les omoplates, et je trébuche sur la terre froide, et je me redresse comme je peux, les poignets liés bas devant moi, le menton levé parce que la corde ne me laisse pas le baisser.
Ils sont énormes. C'est le mot bête, le seul qui me vient quand je les regarde se lever de leurs feux, des épaules qui font deux fois les miennes, des mains capables de me refermer la cage thoracique d'une seule prise. La peau d'ardoise, grise et mate dans la lumière basse, et plus bas que les bouches, ces pointes qui dépassent, les défenses, deux crocs courbes qui accrochent le feu. Je les vois regarder ma gorge. Pas mon visage, pas mes mains liées, pas la cicatrice qui me fend la lèvre : ma gorge, la ligne nue de ma gorge au-dessus de la corde, comme si c'était la seule partie de moi qui les intéressait.
L'un d'eux dit quelque chose dans une langue de pierres roulées, et un autre rit, et la corde se tend d'un coup parce que mon convoyeur l'a tirée pour me faire avancer encore, et je laisse mes pieds suivre. C'est plus facile de suivre. Quand on suit, on ne tombe pas, on ne donne pas de prise, le corps reste souple et l'esprit reste loin, en arrière, à regarder ce qui arrive au corps sans s'y mêler. Je traverse le camp comme ça, dans le couloir de feux et de regards, et chaque pas me rapproche de la grande tente du fond, celle qui est plantée à l'écart, plus haute que les autres, gardée par personne parce qu'elle n'a besoin de personne.
On me jette aux pieds de l'entrée. Mon convoyeur lâche la corde, l'enroule deux fois autour d'un piquet, et il parle vite, fort, à quelqu'un que je ne vois pas encore parce que je suis pliée en avant, le front presque au sol, la corde qui me retient le cou à hauteur du piquet. Je sens la terre sous mes paumes liées. Je sens le froid qui monte par les genoux. Je sens, surtout, le silence qui se fait derrière moi, les voix qui baissent d'un coup, comme une eau qui se retire d'une plage, et je comprends sans relever la tête que quelque chose vient de sortir de la tente.
Le sol prend le poids. Je le sens avant de l'entendre, cette vibration sourde qui passe par mes os, un pas, puis un autre, plus lents que tout ce qui a marché vers moi jusqu'ici. Les autres orcs se taisent. Mon convoyeur, lui, parle encore, mais sa voix a changé, elle s'est faite plus aiguë, plus rapide, le ton qu'on prend pour expliquer une chose à quelqu'un dont on a peur. Je reste pliée. Je garde les yeux sur mes mains, sur la corde, sur la terre, et je laisse mon dos s'arrondir un peu plus, parce que c'est ce que mon corps sait faire quand il ne sait rien d'autre : se faire petit, se faire souple, attendre de voir quelles mains vont décider de lui.
Une ombre tombe sur moi. Elle me couvre entière, des épaules aux talons, elle éteint le peu de lumière des feux qui m'atteignait encore, et il fait soudain plus sombre et plus chaud dans cette ombre, comme si elle avait une température à elle. Je ne lève toujours pas la tête. Je n'en ai pas besoin pour savoir qu'il est juste là, au-dessus de moi, immense, et que tout le camp retient son souffle en même temps que moi.
Puis une main descend. Vers la corde, pas vers moi. Je la vois entrer dans mon champ de vision étroit, cette main grise, marquée, large comme une serre, et elle se referme sur le nœud qui me tient le cou au piquet, et je m'attends à ce qu'elle tire, à ce qu'elle me redresse, à ce qu'elle fasse de moi ce qu'on fait d'un tribut. Elle ne tire pas. Elle reste là, fermée sur la corde, immobile, et je sens à travers le chanvre la chaleur de sa paume, et j'attends, le souffle suspendu, de savoir ce qu'il va décider de ma gorge.
Quelque chose passe au ras de mon cou, froid et bref, et la corde cède. Tranchée, pas dénouée. Une lame que je n'ai pas vue venir a glissé entre le chanvre et ma peau, si près que j'ai senti le métal contre ma gorge avant de comprendre qu'il coupait le lien et pas moi, et le poids qui me tirait le cou depuis deux jours tombe d'un coup, et ma tête remonte toute seule, libre, trop libre, comme un membre qu'on a trop longtemps tenu plié.
Je lève les yeux pour la première fois.
Il est accroupi devant moi, à ma hauteur, ce qui ne devrait pas être possible pour un corps de cette taille, et c'est ça que je vois d'abord : qu'il s'est baissé jusqu'à moi au lieu de me forcer à me hisser jusqu'à lui. Le reste vient ensuite. La mâchoire lourde, les deux défenses basses qui montent de la lèvre inférieure, marquées d'entailles anciennes, et entre elles un regard qui ne va pas sur ma gorge comme les autres mais dans mes yeux, droit, calme, le regard de quelqu'un qui a déjà fini de décider. Il tient encore le bout de corde tranchée dans son poing. Il le laisse tomber dans la poussière, à côté du couteau qu'il essuie d'un geste et range sans me quitter du regard.
Mon convoyeur dit encore quelque chose, derrière, plus vite, plus haut. Le chef tourne la tête vers lui. Il ne se lève pas, il ne hausse pas la voix, il dit trois mots dans leur langue de pierres, courts, posés, et c'est comme si on coupait une seconde corde dans tout le camp : le silence se resserre, mon convoyeur recule d'un pas, de deux, et les silhouettes autour des feux se détournent et se rassoient, et plus personne ne regarde ma gorge. Trois mots. Je ne les comprends pas et je comprends exactement ce qu'ils veulent dire. Elle n'est plus à vous.
Il revient à moi. Sa main se lève encore et cette fois c'est vers mon visage, et tout mon corps se fait souple par réflexe, prêt à recevoir ce qui vient, mais il ne fait que passer le pouce sous mon menton pour me relever un peu plus la tête, sans serrer, juste une pression qui m'aligne le cou et me tient le regard dans le sien. Sa peau est brûlante. Son pouce reste là, sous ma mâchoire, à l'endroit exact où la corde sciait, et la chaleur remplace le chanvre, et je sens ma gorge déglutir contre sa paume.
– Tu es à l'abri, il dit.



