
Les trois chefs orcs me veulent
- Orc
- Why choose
- Enemies to lovers
- Captive
- Size difference
- Sacrifice
- Romantique
Novella · environ 1 h de lecture · paru le 4 mai 2026
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L'histoire
Les trois chefs orcs me veulent est une romance orc de Léna Orso.
Mon père a trahi un traité orc. Il n'a pas payé.
À l'aube, les poignets en sang, on me livre au clan avec mes deux poignards et une dette qui n'est plus la sienne.
Trois chefs. Un par nuit. Pour rester en vie, il faut que les trois me veuillent – sinon je rejoins les femmes qu'ils gardent par politesse.
Le premier veut me briser. Le deuxième veut me dresser. Le troisième veut me garder.
Je n'ai jamais dit oui à personne. J'ai trois nuits pour apprendre.
Le début du livre
Trois orcs. Une dette. Moi.
Ils m'ont amenée les poignets en sang pour qu'ils soient sûrs que je ne jouerais pas la biche.
Au centre de la clairière, trois trônes de bois brut, et celui du milieu me regarde comme on regarde de la viande qui bouge encore.
Je tiens son regard. Je ne bougerai pas.
La corde tire sur mes poignets à chaque respiration. Bien. Ça m'empêche d'oublier où je suis.
Le chef du milieu est le plus grand. Peau verte comme l'ombre sous un cèdre. Cicatrices en travers du torse. Dents qui dépassent de la mâchoire, posés sur sa lèvre inférieure.
Khagdul, a dit l'homme qui m'a livrée. Avant de repartir vite, très vite, sans me regarder.
À sa droite, plus maigre, peau gris-ardoise, tatoué jusqu'aux paupières. Des yeux jaunes comme deux pièces dans un puits. Celui-là me mesure.
Atmog.
À sa gauche, le plus jeune. Celui qui a encore la peau lisse entre les cicatrices. Il bouge sur son siège. Il bouge trop. Il me regarde la bouche et il me regarde les mains et il me regarde la bouche encore.
Gothmaz.
Trois. Trois chefs. Trois paires d'yeux sur moi.
Le cercle se ferme autour de moi. Guerriers en cuir tanné, en pagnes, en marques de peinture ocre. Aucun ne parle. Aucun ne bouge. Ils attendent que les trois du milieu aient fini de me lire.
Mon père a trahi le traité.
C'est ce qu'on m'a dit, à l'aube, quand on m'a posé les chaînes. Le traité de sang, signé il y a douze ans, quand les orcs nous ont laissés passer la crête. Mon père a trahi. Les hommes d'honneur paient leurs dettes.
Il n'a pas payé. C'est moi qui paie.
La compensation, ils l'appellent. Je connais le mot orc pour ça. Lor-kash. Ce qu'on donne à la place de ce qui a été pris.
Je suis lor-kash. Je suis ce qu'on donne.
Je crache sur le sol.
Le cercle se raidit. Des mains sur des manches de haches. Des grognements bas, très bas, pas humains.
Khagdul lève deux doigts. Le cercle se fige.
Il parle. Voix grave comme une pierre qui roule dans un puits.
– Tu t'appelles ?
– Morrigan.
– Morrigan de Keldran ?
– Oui.
– Ton père a tué trois des nôtres dans la vallée. Sans raison !
– Je sais.
Il attend.
Je ne lui donne rien d'autre. Je ne vais pas m'excuser pour un mort, surtout s'il est pas des miens.
Sa bouche se fend sur un sourire. Les crocs apparaissent mieux. Trois centimètres, peut-être quatre, taillés comme des lames de boucher.
– Les humaines qu'on nous amène d'habitude, elles tremblent !
– Ah ? Moi, je tremble pas.
Il descend son regard de ma bouche à mon cou. De mon cou à mes épaules. De mes épaules à mes hanches. Puis il remonte. Il prend son temps comme on prend le temps de mesurer une bête avant de décider à quoi elle servira.
À sa droite, Atmog n'a pas bougé. Mais ses doigts gris se sont refermés sur l'accoudoir, un à un, mesuré, comme on prend possession de quelque chose.
À sa gauche, Gothmaz a posé les deux mains sur ses genoux. Il se penche. Un peu. Trop. Khagdul ne tourne pas la tête et pourtant Gothmaz se recale dans son siège. Hiérarchie. Les plus jeunes attendent.
Je comprends.
Trois mâles. Un seul qui parle en premier. Deux autres qui regardent et qui comptent.
Je regarde Khagdul. Je ne baisse pas les yeux.
– Tu sais pourquoi tu es là !
– Payer.
– Oui.
– Et je vous règle avec quoi ?
Il ne répond pas tout de suite. Il laisse la question flotter dans le cercle.
Gothmaz, à sa gauche, fait un bruit qui n'est pas un rire.
– Avec tout, dit Khagdul. Tout ce qui peut nous plaire.
Il se tait. Il me laisse comprendre.
– Tout.
Je répète le mot sans lever les yeux.
– Tout ce qui peut vous plaire.
Khagdul hoche la tête une fois.
Je regarde Atmog. Sa main n'a pas bougé de l'accoudoir. Il ne cligne pas. Ses yeux jaunes descendent à mon cou, remontent, redescendent. Ils s'arrêtent sur ma nuque. Restent là.
Je regarde Gothmaz. Il me regarde la bouche. Il se passe la langue sur une canine.
Trois regards. Trois endroits différents sur mon corps. Mon cou. Ma bouche. Mes hanches.
Je comprends.
– Alors payez-vous.
Ma voix est plus ferme que je ne l'espérais. Bien. Le cercle entend.
Khagdul se penche. Les mains sur les genoux. Il attend un geste que je ne ferai pas – pleurer, se débattre, implorer. Je ne fais rien. Je reste plantée.
– Tradition du clan, dit-il enfin. La lor-kash a droit au combat.
Atmog parle pour la première fois.
– Trois combats. Un par chef.
– Dans l'ordre, dit Khagdul.
Gothmaz bouge sur son siège. Il ouvre la bouche. Khagdul n'a pas besoin de le regarder pour qu'il la referme.
– Moi d'abord, continue Khagdul. Tu auras tes armes.
Il s'arrête. Il veut que je comprenne la deuxième partie avant qu'il la dise.
Je la dis pour lui.
– Et si je gagne ?
– Tu ne gagneras pas.
– Et si je gagne quand même ?
Atmog, à sa droite, émet un son très bas. Pas un rire. Quelque chose de plus profond, plus patient. Il a trouvé la phrase drôle.
– Alors le clan te rend ton père, dit Khagdul. Et tu repars.
Il ment. Ou il ne ment pas, peu importe. Je ne gagnerai pas, de toute façon.
Je connais les dimensions de ses bras. Je connais la largeur de son tronc. Je connais le poids d'un humain moyen. Les calculs ne sont pas bons.
Il est deux fois plus grand. Il a des crocs. Il a des mains comme des battoirs.
Il va gagner.
Mais pas vite. Si je fais tout bien, il va gagner en trente secondes au lieu de trois.
Trente secondes, c'est assez pour qu'ils voient.
Je vais me battre pour qu'ils voient.
– Mes armes.
Khagdul lève deux doigts. Un guerrier du cercle s'avance. Il dépose quelque chose à mes pieds : mes deux couteaux longs, mes deux poignards, ma hache d'appoint. Tout ce que j'avais quand on m'a livrée. Tout ce qu'ils ont pu m'enlever sans avoir à me toucher.
Quelqu'un se penche derrière moi. Une lame froide contre mes poignets. La corde tombe.
Je frotte mes poignets rouges. Je ne regarde pas celui qui m'a libérée. Je regarde Khagdul.
– Debout, je dis.
Il se lève.
Sa taille, de près, n'est pas raisonnable.
Il descend de l'estrade. Lentement. Le cercle s'écarte pour lui sans qu'il ait besoin de le dire. Atmog et Gothmaz restent sur leurs trônes. Témoins et juges.
Khagdul avance jusqu'à sept ou huit pas de moi. Il s'arrête. Il lève les bras pour montrer qu'il n'a ni armure ni arme. Juste ses mains. Juste sa peau.
– Prends ce que tu veux dans le tas, dit-il.



