LÉNA ORSO
Couverture de Rationnée par le garde alpha

Rationnée par le garde alpha

En chaleur et à sa merci. La nuit où j'ai pris ce qu'il me refusait.

Nouvelle · environ 55 min de lecture · paru le 6 août 2026

L'histoire

Rationnée par le garde alpha est une romance omegaverse de Léna Orso.

Je suis l'oméga du bloc D, et ici, même ma chaleur est rationnée. Une dose de suppresseur si je me tiens sage. Rien si je lève le menton. Le seul qui pourrait me soulager, c'est le garde alpha qui me surveille. Il a décidé que je ne l'aurais pas.

Il appelle ça un protocole. Me tenir au bord, mesurer mon pouls, m'y laisser. Encore. Il rationne ce qu'il me donne comme ce qu'il s'autorise, et il croit que ça s'appelle tenir la ligne.

Puis un confinement nous enferme dans deux mètres carrés. Sans caméra, sans dose, sans échéance. Ma crise commence cette nuit. Et je n'ai jamais mendié de ma vie. Ce n'est pas maintenant que je vais commencer.

Omegaverse · Prison SF · Garde et détenue · Chaleur rationnée · Edging · Nœud alpha · Dark romance

Extrait

Le début du livre

Il compte les fioles à voix haute, et mon corps compte avec lui. Douze, la semaine dernière. Neuf, aujourd'hui. Le chiffre descend et quelque chose en moi remonte, une chaleur basse, patiente, qui connaît déjà la suite de cette arithmétique.

Le distributeur du bloc D est une cage de verre au bout de la coursive, éclairée d'un blanc qui ne s'éteint jamais. Derrière la vitre, les doses de suppresseur s'alignent par rangées, chacune numérotée, chacune rationnée. On ne nous les donne pas. On nous les mérite. Bonne conduite, quota d'atelier rempli, silence dans les rangs, et le régulateur ajoute une fiole à ton crédit du mois. Une faute, et il en retire trois.

Je ne demande pas la mienne. Je la regarde. C'est différent.

Autour de moi, les autres tendent le bras à travers la fente, la paume ouverte, le poignet nu offert au scan. Certaines parlent trop vite. Certaines remercient. Il y en a une, deux rangs devant, qui appelle le surveillant par son grade et baisse les yeux en même temps, comme si les deux gestes pouvaient s'annuler. Elle repart avec sa dose serrée contre le ventre. Elle a supplié sans un mot et elle a obtenu.

Moi, je garde le menton droit. J'ai appris ça avant d'arriver ici, avant l'astéroïde, avant les couloirs sans fenêtre et l'air recyclé qui sent le métal froid. On ne mendie pas ce que le corps réclame. On serre les dents et on attend que ça passe, parce que ça finit toujours par passer.

Sauf que ça ne passe plus vraiment. Depuis trois jours, il y a cette pression au creux du bassin, une tension qui s'installe et refuse de partir, un poids chaud qui remonte le long de mes cuisses quand je reste trop longtemps immobile. Je connais ce poids. Je sais ce qu'il annonce, et je sais à quelle date le calendrier de mon crédit me laisse à découvert.

Dans quatre jours. Peut-être trois.

Je referme la main sur le vide et je m'éloigne de la vitre.

Le bloc D dort par cycles de vingt heures. Les cellules s'ouvrent le matin, se ferment le soir, et entre les deux il y a le réfectoire, l'atelier, la coursive où on tourne en rond sous les caméras. Chaque détenue a un rectangle de deux mètres sur trois, une couchette, un lavabo, une porte qui coulisse quand la centrale le décide et jamais quand on le veut. J'ai la mienne au fond, la dernière avant le sas de service. C'est la pire place. Personne ne passe, sauf lui.

Talos.

Le surveillant de mon bloc porte l'uniforme gris ardoise de l'administration pénitentiaire orbitale, l'insigne à trois barres cousu haut sur l'épaule, le col fermé jusqu'à la gorge même quand la ventilation faiblit et que tout le monde ouvre le sien. Il ne l'ouvre pas. Il ne transpire pas. Il traverse la coursive à la même vitesse chaque jour, les mains derrière le dos, le regard qui balaie sans jamais s'attarder, et quand il passe devant ma cellule, il ralentit d'un demi-pas. Toujours. Comme si la géographie du bloc l'obligeait à ce ralenti et que ça l'agaçait.

Je le remarque depuis des semaines. Je note ce demi-pas comme on note la marée, sans commentaire, parce que ça revient.

Ce soir, il s'arrête pour de bon.

La porte reste ouverte alors qu'elle devrait être close. Le blanc de la coursive coule à l'intérieur, dessine sa silhouette droite dans l'encadrement. Il tient une tablette dans une main. De l'autre, il tapote deux fois le montant de la porte, un geste sec, réglementaire.

– Contrôle médical, il dit. Demain, sixième heure. Bloc médical, pas ici.

Sa voix est mesurée, basse, un peu trop égale pour être seulement administrative. Je suis assise sur la couchette, dos au mur, genoux repliés. Je ne me lève pas.

– J'ai rien demandé.

– Ce n'est pas une demande.

Il ne s'en va pas tout de suite. Son regard reste sur moi une seconde de trop, descend une fraction, s'arrête à hauteur de ma gorge, de la clavicule, là où le col de ma combinaison est ouvert parce que j'ai trop chaud, parce que j'ai toujours trop chaud maintenant. Puis il se reprend. Ses yeux remontent, se ferment. La mâchoire se serre d'un cran.

– Sixième heure, il répète, comme s'il avait besoin de reposer le pied sur quelque chose de solide.

La porte coulisse. Le blanc disparaît d'un coup et je reste dans le noir avec ma peau qui bat, avec la certitude nouvelle et désagréable que le contrôle médical de demain n'est pas une routine, que quelqu'un a lu mes relevés, que mon corps est devenu un dossier sur sa tablette.

Et qu'il l'a regardé avant de venir.

La nuit est longue. Elle l'est toujours quand le corps refuse de se taire.

Je reste allongée sur le dos, les paumes à plat sur le métal tiède de la couchette, et je compte les respirations pour ne pas compter autre chose. La chaleur monte par vagues sourdes, s'installe dans le bas-ventre, redescend le long des cuisses, se retire, revient plus haut. Chaque fois qu'elle revient, elle prend un peu plus de terrain. Je serre les jambes. Ça n'aide pas. Ça n'a jamais aidé, mais je le fais quand même, parce que l'autre option, c'est de glisser la main là où le poids appuie, et je ne le ferai pas, pas ici, pas sous l'œil rouge braqué sur ma couchette.

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