LÉNA ORSO
Couverture de Pleine lune, pleine de lui

Pleine lune, pleine de lui

Trois nuits par mois, l'alpha s'enferme. Cette fois, l'oméga est piégée avec lui.

Nouvelle · environ 55 min de lecture · paru le 29 juin 2026

L'histoire

Pleine lune, pleine de lui est une romance omegaverse de Léna Orso.

Je suis une oméga. Trois gélules en poche quand il m'en faudrait dix, une route que la tempête vient d'engloutir, et devant moi la seule lumière à des kilomètres. Sauf qu'à l'intérieur de ce chalet, un alpha s'est enfermé pour la pleine lune pour ne contaminer personne.

Vingt heures sans dose, et mon corps se rappelle ce que les suppressants lui avaient fait oublier. Son odeur me trouve avant lui. Ma chaleur appelle la sienne, la sienne attise la mienne, et très vite il n'y a plus de moitié de pièce qui tienne. Il me jure qu'il peut se retenir jusqu'au matin. La lune ressort, pleine... et il ne se retient pas.

Il peut me prendre toute la nuit. Me remplir, me nouer, me garder. Tout, sauf la morsure qui nous lierait pour de bon. Ça, dit-il, ce sera à moi de la réclamer. Quand ce sera moi qui choisis, et plus la lune.

Extrait

Le début du livre

La neige a un goût de métal quand je pousse la porte de l'épaule.

Le froid entre avec moi. Puis l'odeur, qui me cueille avant même que je distingue quoi que ce soit dans le noir. Pin brûlé. Fumée éteinte depuis des heures. Et dessous, plus bas, quelque chose de chaud qui se loge directement sous ma langue sans passer par mes narines, un goût d'animal et de bois qui me fait fléchir les genoux sur le seuil. Je n'ai jamais senti une maison aussi fort.

Dehors la tempête mange la route, les arbres, le 4×4 que j'ai laissé deux cents mètres plus bas quand les roues ont arrêté de mordre. Le chalet était la seule lumière dans tout ce blanc. La seule forme qui ne s'effaçait pas.

– Il y a quelqu'un ?

Ma voix sort râpée par le froid. Rien. Mais quelqu'un vit là, je le sais avec une certitude qui ne doit rien à la vue, parce que ça sent partout. Dans le bois des murs. Dans la couverture jetée en travers du fauteuil. Dans l'air lui-même, qui me paraît plus dense ici, déjà habité, déjà plein.

Je referme la porte sur la nuit. Le loquet tombe. Le silence qui suit est si total que j'entends mon propre sang battre dans mes oreilles, trop vite, trop fort pour quelqu'un qui vient juste de marcher.

Je connais ce battement. Je le connais et je ne veux pas le connaître.

Mes doigts trouvent la poche intérieure de ma veste, le tube de plastique, et je sais avant de le secouer ce que le bruit va dire. Trois gélules quand il m'en faudrait dix. La pharmacie de la vallée fermée, la route coupée derrière moi, et mon corps qui compte les heures depuis la dernière dose avec une patience de bête. Vingt heures. Peut-être plus. La fièvre qui monte dans mon cou n'est pas celle du poêle, parce que le poêle est froid sous ma paume quand je l'effleure, froid comme une pierre de rivière.

Je devrais avoir peur. À la place, j'ai chaud.

La couverture, sur le fauteuil. Je m'approche sans avoir décidé de m'approcher, et mes mains se referment dessus. Laine rêche, lourde, imprégnée jusqu'à la trame. Je la porte à mon visage et l'odeur me prend tout entière, pin et fumée et cette chose chaude en dessous qui descend cette fois plus bas que la langue, qui s'installe entre mes cuisses comme une braise, et un son m'échappe que je n'ai pas autorisé. Un son grave. Un son que je n'ai pas fait depuis des années de gélules avalées à l'heure.

Je repose la couverture. Je la reprends. Mes doigts refusent de la lâcher complètement.

La pièce est petite. Un poêle éteint, le fauteuil, un lit défait dans le coin que la pénombre avale, et partout des choses à lui. Une chemise sur le dossier d'une chaise. Une paire de bottes couchées près de la porte. Un mug encore cerné d'une auréole de café au bord d'une étagère. Tout dit qu'un seul corps vit ici, qu'il vit seul, qu'il s'est arrangé pour vivre loin de tout. Et mon corps chauffe sous mes vêtements trop lourds, brusquement, comme si on avait monté un thermostat dans mes os. J'ai envie de les arracher. C'est le premier signe, celui que je connais par cœur, celui qui annonce tous les autres et qu'aucune gélule ne retiendra plus.

C'est là que la lumière change. La lune sort des nuages comme on crève la surface de l'eau, énorme dans la fenêtre, blanche à en faire mal, et tout le chalet vire à l'argent. Pleine. Évidemment qu'elle est pleine. Mon sang le savait avant moi, le compte des heures le savait, et je comprends trop tard pourquoi mes veines courent comme ça, pourquoi la maison respire comme ça.

Quelque part au fond, derrière une porte que je n'avais pas remarquée, un plancher gémit sous un poids.

Le vent ne pèse pas comme ça.

Quelque chose de vivant se redresse dans le noir, de l'autre côté du mur, et le parfum change d'un coup, gagne en densité, devient si lourde que je la sens rouler vers moi comme une bouffée sortie d'un four qu'on ouvre. Le goût animal sous ma langue double. Triple. Il m'envahit le palais et je dois m'appuyer au dossier du fauteuil pour ne pas plier.

Je tiens encore la couverture pressée contre ma poitrine comme un bouclier qui ne protège de rien.

– Reste où tu es.

La voix vient du noir. Grave, basse, tenue par quelque chose qui vacille dessous. Une voix d'homme qui parle entre des dents closes, qui s'oblige à former chaque mot.

– Tu ne devrais pas être là cette nuit. Et surtout pas toi.

Il avance d'un pas dans la lumière de la lune et je le vois enfin.

Grand. Trop grand pour la pièce, obligé de courber la tête sous la poutre. Des épaules qui prennent toute la largeur de la porte derrière lui. Une barbe courte et sombre qui mange une mâchoire crispée à craquer, des prunelles que la lune rend pâles, fixées sur moi avec une intensité qui n'a rien d'hostile et tout d'autre chose. Il ne bouge plus. Il s'est arrêté net à trois mètres, comme s'il y avait une ligne au sol que lui seul voyait.

– Recule jusqu'à la porte, il dit. Doucement. Et ressors.

– La route est coupée. Mon 4×4 est dans le fossé. Je vais geler dehors.

– Tu vas faire pire que geler si tu restes.

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