LÉNA ORSO
Couverture de Mise en reproduction

Mise en reproduction

Le Centre m'a classée fertile. L'alpha assigné est en route.

Nouvelle · environ 55 min de lecture · paru le 14 juillet 2026

L'histoire

Mise en reproduction est une romance omegaverse de Léna Orso.

Je suis le numéro treize.

On m'a retiré mes chaussures, mes vêtements, mon prénom. On m'a donné une blouse ouverte dans le dos et une injection dans le bras. Le heat se déclenchera dans quatre heures. Un alpha sera assigné à mon dossier. Je n'ai pas le droit de refuser.

L'examen est clinique. Les mesures sont cliniques. Les doigts du superviseur sont cliniques. Tout est clinique... jusqu'à ce que l'alpha entre dans la chambre et que l'odeur remplace le protocole.

Il prend l'espace. Il prend mon corps. Le Centre documente.

Mes niveaux dépassent les seuils. Le programme reclassifie. L'alpha est retiré. Un groupe est assigné. Mais le numéro treize a un seuil que le programme n'a pas mesuré.

Extrait

Le début du livre

Mes pieds sont nus sur le carrelage. On m'a retiré mes chaussures à l'accueil. Mon numéro est le treize.

Le couloir est long. Les murs sont blancs. Le néon du plafond grésille par intermittence. Il y a six portes de chaque côté. Toutes fermées. Aucun bruit derrière.

Une femme en blouse grise m'a accueillie à la réception. Elle m'a tendu trois formulaires. J'ai signé le premier. Consentement au programme de reproduction assistée. J'ai signé le deuxième. Cession temporaire de données biométriques. J'ai signé le troisième. Je n'ai pas lu le troisième. Elle m'a tendu une blouse ouverte dans le dos. J'ai enlevé mes vêtements devant elle. Mes chaussures d'abord. Mon jean. Mon pull. Mon soutien-gorge. Ma culotte. Elle n'a pas détourné les yeux. Elle n'a pas levé les yeux non plus. Elle regardait son écran. J'ai enfilé la blouse. Elle a mis mes affaires dans un sac plastique avec une étiquette. Treize. Elle a pris le sac. Elle est partie.

On m'a dit d'attendre dans le couloir.

J'attends.

La blouse tombe à mi-cuisse. L'air passe dans l'ouverture du dos. Mes orteils se crispent contre le sol. Se relâchent. Se crispent. Je les regarde faire. Le carrelage est lisse. Le néon grésille. J'attends.

Des pas. Une porte s'ouvre au bout du couloir. Un homme sort. Lunettes fines à monture noire. Cheveux tirés en arrière. Blouse blanche, pas grise. Il tient un dossier cartonné sous le bras. Il s'approche. Il me regarde par-dessus ses lunettes. Il sourit. Le sourire ne monte pas jusqu'aux yeux.

– Céliane ?

– Oui.

– Mordred. Superviseur de programme. Venez.

Je le suis. Ses chaussures claquent sur le carrelage. Mes pieds nus ne font aucun bruit. On passe une porte à badge. Il bipe. On passe. Un couloir plus étroit. Pas de fenêtres. L'éclairage est plus bas. On passe une deuxième porte à badge. Il bipe. On passe. Un autre couloir. Même blanc. Même néon.

Il s'arrête devant une porte sans numéro. Il l'ouvre.

La pièce est petite. Une table d'examen au centre, recouverte de papier blanc. Un tabouret à roulettes. Un écran fixé au mur. Un plateau en inox avec des instruments alignés. Une balance dans le coin gauche. Un mètre gradué vissé au mur droit.

– Asseyez-vous sur la table.

Je m'assois. Le papier crisse sous mes cuisses nues. Je pose mes mains sur mes genoux. Il n'a pas dit de poser mes mains sur mes genoux. Je l'ai fait. C'est la position qui vient.

Mordred s'installe sur le tabouret. Il ouvre le dossier. Il lit. Il ne me regarde pas.

– Omega de classe B. Vingt-cinq ans. Cycles réguliers. Aucune grossesse antérieure. Taux de compatibilité alpha évalué à soixante-dix-huit pour cent au screening initial.

Il lève les yeux.

– C'est correct ?

– Oui.

– Suppressants arrêtés depuis ?

– Quarante-deux jours.

Il note. Le stylo gratte le papier. Il tourne une page.

– Le programme dure entre cinq et douze jours selon votre réponse hormonale. Pendant cette période vous restez dans l'enceinte du Centre. Pas de contact extérieur. Les repas sont servis en chambre individuelle. Les cycles de heat sont déclenchés et contrôlés par l'équipe médicale. L'assignation des alphas est décidée par le programme.

Il pose le stylo. Il me regarde.

– Vous n'avez aucun droit de regard sur l'assignation. Vous avez un droit de retrait total. À tout moment. Le retrait est immédiat et définitif. Pas de retour après un retrait.

– D'accord.

– Des questions ?

– Non.

Il attend. Trois secondes. Quatre. Il scrute mon visage. Je ne sais pas ce qu'il y cherche. Je ne bouge pas.

Le sourire n'a pas bougé. Il referme le dossier. Il le pose sur le plateau à côté des instruments. Il se lève. Il ouvre un tiroir sous la table d'examen. Il en sort une paire de gants. Il les enfile. Le latex claque contre ses poignets.

– On commence par les mesures.

Il dit de me lever. Je me lève. Il dit de monter sur la balance. Je monte. Le métal est lisse sous mes pieds. L'aiguille oscille. Il note.

Il dit de me mettre contre le mur. Je me mets contre le mur. Mon dos touche le mètre gradué. Il abaisse la règle sur ma tête. Il note.

Il dit d'enlever la blouse. Je l'enlève. Il la prend. Il la pose sur le tabouret. Je suis nue au milieu de la pièce. Le néon est au-dessus de moi. Mordred est à un mètre. Il ne regarde pas mon corps comme un corps. Il regarde des données.

Il sort un mètre-ruban du tiroir. Il mesure mon tour de poitrine. Le ruban passe sur mes mamelons. Il note. Il mesure mon tour de taille. Le ruban touche mon ventre. Il note. Il mesure mon tour de hanches. Le ruban passe sur mes fesses. Il note. Chaque geste dure trois secondes. Il ne s'attarde pas. Il n'effleure pas.

Il dit de m'allonger sur la table. Je m'allonge. Le papier colle à mon dos. Il ajuste la lampe au-dessus de moi. Le cercle de lumière est sur mon abdomen.

Il palpe mon ventre. Deux doigts. Il appuie sous le nombril. Il déplace. Il appuie plus bas. Il déplace. Il appuie au-dessus du pubis. Il note.

– Utérus en position antéversée. Palpation normale.

Il dit d'écarter les jambes. J'écarte les jambes. Il déplace la lampe. Le cercle de lumière descend. Il enfile une deuxième paire de gants par-dessus la première. Il approche le tabouret entre mes cuisses. Il s'assoit.

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