LÉNA ORSO
Couverture de Pack de trois alphas, livraison immédiate

Pack de trois alphas, livraison immédiate

Trois alphas pour sa chaleur, une oméga qui n'a pas le temps. Satisfaction garantie ou remboursée.

Novella · environ 1 h de lecture · paru le 14 août 2026

L'histoire

Pack de trois alphas, livraison immédiate est une romance omegaverse de Léna Orso.

Réunion à 8 h. Mail pas parti. Chaleur au pire moment. Je n'ai pas le temps de gérer un alpha, encore moins de les départager. Alors je fais ce que je fais pour tout le reste : je commande en ligne. Pack de trois, livraison immédiate, satisfaction garantie.

Trois alphas sonnent vingt minutes plus tard, bordereau à la main. Sauf qu'on ne livre pas de la présence comme une pizza. L'un me vénère, l'un s'ajuste, l'un fait tout dérailler – et aucun des trois n'a l'intention de se laisser cocher sur ma to-do et repartir. Ils comptent bien rester jusqu'à ce que je ne compte plus rien du tout.

Extrait

Le début du livre

La chaleur me monte dans le ventre à six heures quarante-sept, pile entre la première gorgée de café et le mail que je n'ai pas fini d'écrire. Pas maintenant. C'est la seule pensée nette que j'arrive à former, pas maintenant, parce que maintenant, justement, il y a la réunion de huit heures, le dossier Vasseur à boucler, la machine qui tourne depuis hier soir avec mon chemisier dedans. La chaleur ne consulte pas mon agenda. Elle s'installe, basse, insistante, une paume tiède posée au creux de mon bassin, et elle serre.

Je repose la tasse. Je n'ai le temps de rien.

Rappeler le pressing. La sueur perle déjà à ma nuque, sous les cheveux que je n'ai pas séchés. Mon corps se souvient de ce que ma tête refuse d'enregistrer : je suis en chaleur, aujourd'hui, un mardi, avec un agenda plein à craquer et zéro créneau prévu pour ça. La dernière fois, j'ai tenu deux jours sur suppresseurs et j'ai fini par pleurer sur un tableur. Pas cette fois.

Je connais la marche à suivre. Tout le monde la connaît. On ne laisse pas une heat non gérée bousiller une semaine de travail ; il existe des services pour ça, agréés, notés, livrés. J'ouvre l'appli d'une main pendant que l'autre desserre le premier bouton de mon col. L'écran de la réu, penser à le partager avant huit heures. La chaleur pulse entre mes jambes, régulière, patiente.

Compagnie de heat. Prestataires disponibles dans votre secteur. La carte se charge, des petits points verts un peu partout dans le quartier, comme des livreurs de sushis un soir de match. Je fais défiler. Profils, tarifs, créneaux. À l'unité, c'est cher, et il faut choisir, et choisir, c'est du temps, et du temps, je n'en ai pas. Mon pouce s'arrête sur une case en promo.

Pack de trois. Livraison immédiate. 15 % de remise sur la prestation à l'unité. Satisfaction garantie sous 48 h ou nouvelle prestation offerte.

Trois. L'option la plus rentable du catalogue. Je ne me demande même pas ce que je ferais de trois ; la logistique d'abord, l'intendance après. C'est moins cher, c'est plus rapide, ça m'évite d'avoir à trancher. Je coche. Créneau : maintenant. Adresse : enregistrée. Je valide avant d'avoir le temps de trouver ça absurde.

Commande confirmée. Vos prestataires arrivent dans dix-huit minutes.

Dix-huit minutes. J'ai le temps d'envoyer le mail et de sortir le chemisier de la machine. Je me lève, et le sol tangue une seconde ; une onde me remonte le long du dos, liquide, et je dois m'appuyer au plan de travail. Le mail. Je respire. Le mail, d'abord.

Je tape à une main. Bonjour Monsieur Vasseur, veuillez trouver ci-joint. L'autre main reste plaquée sur le comptoir, comme si je pouvais tenir mon corps tranquille en le lestant. Ma cuisse frotte contre l'autre, une friction minuscule qui m'arrache un soupir que je n'ai pas vu venir. Je ferme les yeux. Une seconde. Juste une.

La machine. J'ouvre le hublot, je jette le chemisier humide sur le radiateur sans le déplier, tant pis pour les plis. Je retourne au téléphone. Trois barres de progression sur l'appli, trois petits points qui convergent vers chez moi. Ils se rapprochent. Mon ventre se resserre à chaque mètre qu'ils gagnent, comme si mon corps lisait la carte mieux que moi.

Douze minutes.

Je me passe de l'eau froide sur la nuque. Je change de haut, je mets celui du dessus de la pile, celui qui sent le propre, sans réfléchir. Le carrelage est froid sous mes pieds nus. La chaleur, elle, ne l'est pas : elle monte encore, une pulsation lente qui me remplit tout entière et rend chaque couture de vêtement de trop contre ma peau. Répondre à Léa pour le déjeuner. Je ne réponds pas à Léa. Le désir prend trop de place pour Léa. Je vérifie l'heure, je vérifie l'appli, je revérifie l'heure, et entre deux vérifications il y a mon corps qui bat, sourd, un métronome que je n'ai pas lancé et que je ne peux pas éteindre.

Neuf minutes.

Je m'assois sur le bord du canapé, les genoux serrés, le téléphone dans la main comme un talisman. Ce sera rapide. Propre. Coché. Une ligne de plus dans une journée qui en compte quarante. J'ai un déjeuner à midi, un dentiste jeudi, une heat à expédier ce matin. Je gère. Je gère tout.

On sonne.

Ils sont trois sur le palier, et la première chose que je remarque, c'est qu'ils ne se ressemblent pas du tout. Je ne sais pas ce que j'attendais. Un catalogue, peut-être. Trois exemplaires du même modèle. Au lieu de ça, il y a un grand qui remplit tout l'encadrement, un deuxième qui a déjà les yeux sur moi comme s'il lisait une étiquette, et un troisième, derrière, qui sourit avant même que j'aie dit bonjour.

Le grand parle en premier. Voix basse, posée. Elle n'a pas besoin de monter.

– Camille ? On vient pour la prestation de huit heures.

Huit heures. La réunion. Je hoche la tête. Il consulte une tablette, fait glisser un doigt sur l'écran.

– Pack de trois, livraison immédiate. Vous avez commandé la satisfaction garantie.

Ce n'est pas une question, mais il attend quand même que je confirme. J'ai la main sur la porte, la fièvre qui bat sous mes côtes, et je me rends compte que je les laisse poireauter dans le couloir comme des livreurs de colis. Je m'écarte.

– Entrez. J'ai... Je regarde l'heure sur le téléphone que je tiens toujours. Pas beaucoup de temps, en fait.

Le deuxième m'observe quand je dis ça. Vraiment. Il regarde la personne derrière la commande. Ses yeux font un aller-retour rapide, de mes épaules crispées à ma main serrée sur le téléphone, et un pli se défait entre ses sourcils, comme s'il venait de reparamétrer toute la prestation sur une seule ligne d'information.

– Pas beaucoup de temps, il répète, doucement. D'accord.

Ils entrent. Mon appartement rétrécit. Trois hommes dans mon salon un mardi matin, ça change les proportions de la pièce ; le canapé où je m'écroule le soir devient soudain petit, la table basse encombrée de courrier devient un aveu. La facture d'eau, quelque part dans cette pile. Je pousse un magazine du pied, réflexe inutile.

Le grand pose la tablette sur le comptoir, sort un boîtier, me le tend.

– Signature électronique. Vous validez la prestation, on peut commencer.

Je signe du bout du doigt. Le trait est moche, tremblé. Il l'examine une seconde de trop, comme si mon paraphe lui disait quelque chose sur l'état dans lequel je suis. Peut-être que oui. Le mail à Vasseur, parti ou resté en brouillon. Je résiste à l'envie de vérifier.

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