LÉNA ORSO
Couverture de J'ai hérité d'une ferme et de trois alphas

J'ai hérité d'une ferme et de trois alphas

L'oméga que j'ai planquée toute ma vie a fini par leur faire un nid.

Novella longue · environ 1 h de lecture · paru le 12 août 2026

L'histoire

J'ai hérité d'une ferme et de trois alphas est une romance omegaverse de Léna Orso.

Je dors avec un couteau. Trente ans à chercher l'angle derrière chaque sourire d'homme, et à le trouver, toujours.

Puis j'hérite de la ferme isolée de ma tante. Avec, en prime, trois voisins alphas qui rentraient son bois bien avant mon arrivée.

Mon corps d'oméga, lui, se met à construire un nid à trois heures du matin, sans me demander la permission.

Trois preuves à leur arracher. Une chaleur que je ne retiendrai pas. Et une porte que, pour la première fois de ma vie, j'oublie de verrouiller.

À la fin de l'hiver, j'aurai trois morsures au creux du cou et plus un seul verrou à pousser.

Ils me prendront à deux, puis à trois. Pas toujours par le même chemin. Et entre eux, la frontière ne tient pas plus que les miennes.

Omegaverse · Why choose (MFMM) · Multi-partenaires simultanés · Contacts entre alphas · Nesting & knotting · Marquage et lien de meute

Extrait

Le début du livre

La clé tourne mal dans la serrure, et mes doigts se referment dessus comme sur un manche. Deux heures de route depuis le dernier village, et je compte déjà les sorties. La ferme de tante Marin se tient au bout d'un chemin que personne ne prend par hasard.

La porte cède d'un coup d'épaule. Odeur de bois froid, de pomme oubliée, de suie. Je laisse mon sac glisser au sol mais je garde le couteau là où il est, dans la poche intérieure, contre la hanche. Vieux réflexe. On ne le perd pas parce qu'on hérite d'une maison.

La pièce est basse, sombre, traversée d'une longue table. Une cheminée noire. Des bocaux alignés sur une étagère, des étiquettes à l'encre passée que je ne lis pas encore. Quelqu'un a balayé. Récemment. Le carrelage est propre sous une couche de poussière fine, et la poussière s'arrête net à un mètre du seuil, comme si on entrait ici et qu'on n'allait jamais plus loin.

Pourquoi quelqu'un balaierait la maison d'une morte.

Je fais le tour. Je vérifie les fenêtres, les loquets, la porte de derrière qui donne sur un potager en friche. Tout tient. Rien ne tient tout seul aussi longtemps. Une ferme abandonnée six mois, ça gondole, ça moisit, ça s'affaisse, et celle-ci respire comme si on l'avait quittée hier. Le robinet crache deux fois puis donne une eau claire. L'électricité répond. Le bois est rentré, sec, fendu à la bonne taille, empilé contre le mur avec un soin qui n'a rien d'un hasard.

Je ne touche à rien. Je regarde.

C'est en ressortant que je les vois. Trois hommes, au bout du pré, là où la clôture s'arrête. Ils ne bougent pas vers moi. Ils ne font pas semblant de ne pas m'avoir vue non plus. L'un est accroupi près d'un piquet, les mains dans le fil de fer. Un autre tient un cheval par le licol, immense, calme, une carrure qui fait paraître la bête petite. Le troisième a la main en visière et me regarde franchement, et quand je sors il lève le bras comme on salue une voisine, pas une étrangère.

Je me cale sans y penser. Le poids sur les deux jambes, le menton bas, l'oreille qui s'ouvre. Je connais cette posture. C'est celle qu'on prend quand on évalue d'où vient le coup.

Alphas. Les trois. Ça se sent à dix mètres, ça monte du sol comme la chaleur d'une route en été, une odeur qui n'a pas de nom poli et qui dit fort, dit là, dit nombreux. Ma gorge se serre, et ce qui la serre n'a rien à voir avec la peur. Je ravale ça avant de lui donner un nom.

Celui qui répare la clôture se redresse. Il est moins haut que le grand, des avant-bras nus, des mains que je vois même de loin, larges, abîmées au bon endroit, des mains qui font. Il essuie ses paumes sur son pantalon et il avance de trois pas, pas plus, s'arrête à la limite où le pré devient ma cour.

– Vous êtes la nièce, il dit.

Le ton ne monte pas à la fin. Il pose ça comme un fait sur la table et il attend, sans presser, que je le ramasse ou pas.

Je jauge. La voix d'abord, toujours la voix avant les mots. Le ton est égal. Trop égal. On apprend à parler comme ça quand on veut endormir. Ou alors c'est juste un homme calme. Je n'ai aucun moyen de trancher en trois secondes, et je déteste ne pas pouvoir trancher.

– C'est marqué où, que j'ai une nièce ? je réponds.

Il sourit. Le grand, derrière, lâche un souffle qui n'est pas un rire mais s'en approche. Le troisième, celui qui m'a saluée, se frotte l'arrière du cou.

– Nulle part, dit le premier. Marin parlait de vous. Beaucoup. On a rentré le bois quand le froid est tombé. On pensait pas que vous viendriez si vite.

Voilà. L'angle. Il y en a toujours un. Trois hommes qui entretiennent la ferme d'une vieille femme seule, qui balaient sa cuisine, qui guettent la cour, et le jour où elle meurt c'est la nièce qui débarque. Je connais cette histoire. Je l'ai vue finir mal assez de fois pour la sentir avant qu'elle commence.

Sauf qu'il n'y a rien dans sa voix. Rien sous la voix non plus, et c'est ça que je cherche, le dessous, et il n'y a que du bois, du fil de fer et un homme qui a froid aux doigts.

– Vous me laissez le terrain, je dis. Je trouverai mes marques seule.

– Comme vous voulez, il répond, et il recule.

C'est ce recul qui me déstabilise. Un homme qui avance, je sais le lire. Un homme qui s'écarte, ça je ne sais pas encore. On avance toujours, les hommes, vers une femme seule au bout d'un chemin. Lui s'écarte, ramasse sa pince, retourne à son piquet. Le grand tire le cheval vers la grange. Le troisième me fait un dernier signe et tous les trois s'effacent dans la lumière basse comme s'ils avaient toujours été là, comme si c'était moi, la pièce nouvelle qu'on installe sans rien déranger.

Je rentre. Je pousse le verrou.

Le verrou est neuf. Quelqu'un l'a changé. Récemment.

Le matin me trouve à la fenêtre, une tasse froide entre les mains, à les épier travailler sans qu'ils sachent que je les observe. Ou en le sachant. Je n'arrive pas à décider.

Le plus haut est dans le pré du fond. Joss, j'apprendrai son nom plus tard, mais déjà je l'ai rangé sous le grand, le taiseux. Il marche le long de la clôture en posant les doigts à plat sur chaque piquet, une seconde, comme on prend le pouls. Il s'arrête à l'un d'eux, s'accroupit, gratte la terre au pied, hoche la tête pour lui seul. Il ne parle à personne. Il lit le sol comme moi je lis les voix. Sa carrure prend de la place dans le paysage et n'en demande aucune. Je n'ai jamais vu un homme aussi grand faire aussi peu de bruit.

Le réparateur, lui, est revenu au loquet de ma porte de derrière. Élie. Genou en terre, une boîte d'outils ouverte à côté, et ces mains qui reprennent le travail là où elles l'avaient laissé hier. Je le suis des yeux, dévisser, souffler la limaille, ajuster. De toute la matinée, il ne lève pas une seule fois la tête vers mes fenêtres. C'est presque insultant, cette manière qu'il a de me laisser l'observer tranquille, comme s'il savait que c'est la seule façon pour moi d'approcher.

Le troisième traverse la cour avec un panier. Tom. Celui qui salue. Il siffle quelque chose de faux, s'arrête pour caresser le chien qui a surgi de nulle part, lui parle comme à un collègue. Aucune économie, lui. Tout dehors, tout lisible. Il pose le panier sur le rebord de ma fenêtre, recule, et attend que je daigne ouvrir.

J'ouvre. Le froid entre. Des œufs, du pain, un bocal de quelque chose d'ambré.

– On savait pas ce que vous aviez dans les placards, il dit. Marin gardait rien qui se mange vite.

Je cherche le double-fond de la phrase. Le service qui appelle la dette. Je le retourne dans tous les sens et il reste plat, un homme et un panier, et ça m'agace de ne rien trouver à retourner.

– Je vous dois combien ? je dis.

Il rit. Franchement, de la gorge, surpris.

– Rien. C'est des œufs.

– Personne ne donne rien.

– Marin disait pareil, il répond, et il a le bon goût de ne pas sourire en le disant. Vous tenez d'elle plus que vous croyez.

Il repart. Pas d'œillade appuyée, pas de phrase en plus pour faire durer. Je referme la fenêtre et je reste là, le panier dans les bras, à chercher l'arnaque dans trois œufs et une miche.

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