
Offerte à l'Orc
Il mesure deux mètres vingt. Il ne prend que ce qu'on lui donne. J'aurais dû ne rien donner.
- Orc
- Captive
- Size difference
- Knotting
- Romantique
Novella · environ 1 h de lecture · paru le 20 mars 2026
N° 5 des plus lus en ce moment
L'histoire
Offerte à l'Orc est une romance orc de Léna Orso.
Capturée par un clan d'orcs sur la route de Sorne. Le chef me réclame. Il fait deux têtes de plus que moi, ses mains font le tour de ma taille, et quand il me pousse vers sa tente, personne ne discute.
Sa paume se tend. Ouverte. Il attend. Il ne prend que ce qu'on lui donne. La première nuit, j'ai donné ma main. La deuxième, j'ai donné tout le reste. Son corps ne rentre pas – pas tout de suite – mais chaque nuit, j'en prends un peu plus.
Quand on est venu me libérer, j'ai dit non.
Le début du livre
Ils sortent des arbres.
Des silhouettes larges comme des portes, la peau d'un gris de pierre brute. Deux sur la gauche. Trois sur la droite. Un dernier derrière moi. Je le sens avant de le voir, l'odeur, le souffle chaud dans ma nuque.
Des orcs.
Mon ventre se contracte d'un coup, tout l'air sort de mes poumons. Ma main droite descend vers le couteau à ma ceinture. Un outil de marchande, bon pour couper des cordes et trancher du fromage. Mes jambes veulent courir. Mes jambes ne savent pas compter : six contre une, pas de direction où fuir. Je reste plantée sur le chemin entre Valmur et le col de Sorne, trois jours de route dans les mollets, mon chariot de sel et d'épices derrière moi et pas un humain à dix lieues.
Le mulet a plus de bon sens. Il recule d'un pas, deux, puis se couche sur le flanc entre les brancards en râlant comme un vieil homme.
Le plus proche fait un pas vers moi. Sa main se referme sur mon bras, pas violemment, pas doucement non plus. Comme on attrape un objet. Ses doigts font le tour de mon biceps et se touchent. Ses ongles sont noirs, épais, et sa peau contre la mienne est chaude, plus chaude que la mienne, comme si la fièvre était son état normal.
Je ne crie pas. Je ne parle pas leur langue, ils ne parlent pas la mienne, et crier ne sert à rien quand personne ne peut entendre. Je regarde ses yeux, jaunes, la pupille fendue comme celle d'un chat, et dans son regard il n'y a ni cruauté ni douceur. Juste une évaluation, froide et brève, comme je regarde un ballot de marchandise avant de décider si le prix vaut le transport.
Il grogne. Les autres bougent. Mon chariot disparaît quelque part derrière moi. Je l'entends rouler, le mulet proteste, des mains grises tirent les brancards, et celui qui me tient me pousse en avant, dans la forêt. Des chênes tordus, des branches basses, une odeur animale qui colle entre les troncs. Mes pieds trouvent le sentier avant mes yeux, un chemin de terre battue entre les racines, étroit, fait pour des bottes plus larges que les miennes. Les empreintes dans la boue sont profondes et longues comme mon avant-bras.
Devant moi, le dos de l'orc qui mène est un mur de muscles gris zébré de cicatrices pâles, et il marche sans se retourner, comme si ma présence derrière lui était aussi certaine que son ombre.
Le camp apparaît d'un coup, une trouée dans la forêt, des tentes de cuir brun tendues entre des poteaux de bois brut, un feu central qui crache une fumée grasse et noire. L'odeur me prend aux sinus. Viande grillée, sueur, résine, et en dessous quelque chose de musqué qui colle aux sinus et refuse de partir.
Des orcs partout.
Certains assis autour du feu, d'autres qui portent du bois, qui aiguisent des lames sur des pierres, qui se poussent en grognant. Aucun ne me regarde. Pas tout de suite.
Puis une voix gueule quelque chose, un son grave, guttural, qui roule comme une avalanche de gravier, et toutes les têtes se tournent.
Vers moi.
Je compte sans y penser. Une marchande compte toujours. Vingt, peut-être vingt-cinq. Des mâles, tous. Aucune femelle en vue. Des corps massifs, des bras comme des troncs, des mâchoires carrées d'où dépassent des crocs inférieurs jaunis par l'âge ou la viande. Ils me regardent comme le mulet m'a regardée ce matin, avec un intérêt animal et pas tout à fait menaçant.
Celui qui me tient me pousse vers le centre du camp. Le feu. Le cercle de pierres noircies. Et au-delà du feu, assis sur un rocher plat comme on s'assoit sur un trône, non, pas comme on s'assoit sur un trône, comme on s'assoit sur un rocher quand on est trop grand pour les chaises et trop vieux pour se tenir debout par fierté, il y a lui.
Le chef.
Je le sais avant qu'on me le dise. C'est dans la façon dont les autres s'écartent, dont le bruit baisse d'un cran, dont l'air lui-même semble se tasser. Il est plus grand que les autres. Assis, sa tête est à la hauteur de la mienne debout. Sa peau est gris foncé, presque ardoise, et ses bras posés sur ses cuisses sont striés de cicatrices blanches qui racontent plus de combats que je n'en ai vu de marchandises dans une vie. Sa mâchoire est large, carrée, et ses crocs inférieurs montent presque jusqu'à sa lèvre supérieure. Ses yeux sont jaunes. Un jaune vif, presque lumineux, là où les autres n'ont que du terne, qui me trouve à travers la fumée du feu et qui ne me lâche plus.
Il se lève.
Le rocher derrière lui me donne une échelle. Il fait une tête de plus que le plus grand de ses guerriers. Deux têtes de plus que moi. Mes yeux arrivent à la base de son sternum. Ses mains pendent le long de son corps, détendues, et chacune de ses mains pourrait couvrir mon visage entier, du menton au front, sans forcer.
Il dit quelque chose. Sa voix est un grondement bas qui vibre dans ma cage thoracique, qui descend dans mes entrailles et y reste. Les mots ne sont pas pour moi, ils sont pour les autres. Autour de nous, des voix gutturales répondent. Certaines approbatrices, d'autres pas. Un des guerriers fait un pas en avant et crache un son agressif, guttural, en pointant vers moi.
Le chef ne le regarde pas. Il lève une main, un seul geste, lent, la paume ouverte, et le guerrier se tait. Se tait et recule. Et le camp entier avec lui.
Le silence est total. Le feu craque. La fumée tourne.
Il baisse les yeux vers moi. Son regard descend de mon visage à mes épaules, mes bras, mes hanches, mes pieds couverts de poussière. Le désir viendra peut-être. Pour l'instant, un inventaire. Il prend la mesure de ce qu'on lui a ramené, et dans ses yeux je vois le calcul, la décision, le choix déjà fait avant même que je sois arrivée.
Sa main se tend vers moi. Paume en l'air. Ouverte.
Je la regarde. Ses doigts sont épais comme mes poignets. Ses ongles, noirs et courts. Au creux de sa paume, des callosités dures comme de la corne.
Il attend.
Autour de nous, le camp retient son souffle. Je sens vingt paires d'yeux sur ma nuque, je sens la chaleur du feu sur mon flanc gauche et le froid de la montagne sur le droit, et je sens, sous la fumée, sous la viande, sous la sueur, son odeur à lui. Bois brûlé et terre mouillée et quelque chose d'autre, quelque chose de chaud et de lourd qui fait monter mes battements d'un cran sans que je comprenne pourquoi.
Je pose ma main dans la sienne.
Ses doigts se referment. Ma main disparaît.



