LÉNA ORSO
Couverture de Mon évasion avec un orc

Mon évasion avec un orc

Quatre nuits avant la frontière. Une seule couverture. Un ennemi à mes côtés.

Novella · environ 1 h de lecture · paru le 11 mai 2026

L'histoire

Mon évasion avec un orc est une romance orc de Léna Orso.

Je suis mercenaire. Il est l'orc que j'aurais tué sur un autre champ de bataille. On s'est retrouvés dans la même cage. On s'est évadés ensemble parce que c'était la seule option.

Quatre nuits de forêt traquée. Sa chaleur traverse le tissu comme s'il n'y en avait pas. Les pisteurs passent à deux cents mètres. Il me plaque au sol. Sa main reste sur ma nuque longtemps après. Ce n'est plus de la survie. Je ne sais pas comment appeler le reste.

Extrait

Le début du livre

Mes poignets tiennent encore. Les chaînes passent d'un demi-pouce quand je bouge la main gauche, et personne ne l'a remarqué. Dans deux nuits, peut-être trois, elles lâcheront.

Troisième jour. C'est un bon compte, je l'ai refait six fois depuis l'aube.

La cage fait deux mètres sur trois. Barreaux de fer plantés directement dans la terre battue, odeur d'urine et de crasse sèche, pas de toit, juste des planches croisées qui laissent passer la pluie quand il pleut et les mouches quand il ne pleut pas. J'ai arrêté de frissonner hier, je crois. C'est mauvais signe mais je n'ai pas le temps de m'en occuper.

Mes côtes me rappellent à l'ordre si je respire trop profond. Trois de fissurées, peut-être une de cassée, je ne vais pas plus loin dans le diagnostic. L'interrogatoire a eu lieu. J'ai donné des trucs qu'ils savaient déjà et je me suis tue pour le reste. C'est la partie facile du métier.

En face de moi, à trois mètres, il y a l'autre cage.

Il y tient à peine. Ils ont doublé les chaînes pour lui, poignets, chevilles, cou. Un collier de fer avec deux rivets que personne n'a prononcé à voix haute. Il est resté trois jours contre les barreaux du fond, bras croisés autant que les chaînes le permettent, comme s'il attendait une réunion. Personne ne s'approche de sa cage. Même les gardes font un détour.

Il ne me regarde pas. Il regarde les gardes. Il regarde la relève. Il regarde les angles du camp. Je sais parce que je fais pareil.

On ne s'est pas parlé. On n'a pas besoin.

Leurs uniformes sont violets. Ni lui ni moi ne sommes en guerre contre le violet. Ça veut dire troisième armée, ça veut dire qu'on a été cueillis par hasard sur une route qu'on n'aurait pas dû croiser, et ça veut dire qu'on n'a plus beaucoup de jours. Eux n'ont aucune raison de nous garder vivants au-delà des interrogatoires. L'interrogatoire a déjà eu lieu pour moi. Je soupçonne que pour lui, c'était plus créatif.

La relève de nuit est passée de quatre à trois hommes il y a quatre heures. Quelqu'un a été retiré du roulement, malade, parti, réaffecté, peu importe. Ce n'est pas rien.

Un garde m'apporte de l'eau à midi. Il me tend le seau à travers les barreaux sans me regarder. Ses bottes sont mal lacées. Sa cotte de mailles a deux maillons ouverts au niveau de la clavicule gauche, ça veut dire qu'un poignard bien placé passe. Je bois trois gorgées. Je lui rends le seau. Je ne dis rien.

Quand il passe devant la cage de il, il le suit des yeux. Pas le seau. Le garde. Les bottes mal lacées, le défaut dans la cotte. Je le vois faire.

Il sait.

Il sait aussi que je sais. On n'a pas besoin de se regarder pour ça.

L'après-midi s'étire. Je bouge le moins possible. Chaque heure sans douleur nouvelle est une heure gagnée. Mes mains calculent les maillons, mes pieds calculent les distances, ma respiration calcule le nombre de pas jusqu'à la palissade ouest. Le corps fait les comptes quand le cerveau a fini de saigner.

Vers quatre heures, un officier entre dans le camp à cheval. Il descend, il crie trois ordres, il repart. Deux gardes quittent le poste nord pour l'accompagner jusqu'à la lisière. Ils ne reviennent pas tout de suite.

C'est à ce moment-là que lui bouge.

Pas beaucoup. Juste la main droite. Il la pose contre le barreau du côté ouest de sa cage, paume à plat. Le geste ne veut rien dire pour un garde. Pour moi, ça veut dire regarde à l'ouest.

Je regarde.

Le mur d'enceinte, là, a un creux. Une ancienne brèche mal rebouchée, planches grises, différentes du reste du rondin. À quinze mètres. Deux gardes seulement visibles de ce côté pour le moment, et l'un des deux s'est assis pour mâcher quelque chose.

Je ramène ma main dans mon dos. Je redresse l'épaule droite d'un quart de centimètre, signal sec, mercenaire. Oui. J'ai vu.

Il reprend sa position contre les barreaux du fond. Sa main retombe. Personne n'a rien remarqué.

Le soleil commence à baisser. Encore trois heures avant la nuit, peut-être deux. Mes chaînes passent d'un demi-pouce. Mes côtes tiennent. Le violet ne sait pas encore qu'il va perdre deux prisonniers cette nuit.

La nuit tombe, comme tout ce qui tombe lentement dans un camp où l'on attend. Un garde allume une torche au poste sud. Un autre crache par terre et se cale contre un rondin. Le troisième est trop loin pour compter.

J'ai travaillé mes chaînes pendant deux heures en gardant l'épaule immobile. Personne n'a rien vu. Le maillon le plus faible est le troisième à partir du poignet, une soudure ancienne, mal chauffée, qui tient par habitude. Je force d'un millimètre. Il cède d'un millimètre. Je recommence.

À la troisième heure, la main gauche sort.

Je la garde contre le barreau comme si elle était toujours enchaînée. Je ne bouge pas. Je respire par le nez.

Il a dû entendre le dernier claquement, la soudure a cédé sec. Il ne tourne pas la tête. Il ferme le poing droit, puis il l'ouvre, une fois. Signe reçu. Son tour.

Il met plus longtemps. Ses chaînes sont neuves, ses fers à lui font trois fois les miens, et il travaille avec deux poignets liés au lieu d'un. J'entends un craquement. Un autre. Le troisième est plus sec, quelque chose a lâché dans l'anneau du cou.

Le garde le plus proche lève la tête.

Je tousse fort. Je tousse très fort, comme quelqu'un qui crache du sang ou qui va crever. Le garde soupire, se lève, marche vers ma cage avec la lenteur d'un homme qui trouve ça ennuyeux. Quinze pas. Douze. Huit.

À trois pas, je sors la main gauche complètement. Je lui agrippe la cotte de mailles au niveau de la clavicule, là où les deux maillons sont ouverts, et je le tire contre les barreaux. Sa tête frappe le fer. Je glisse ma main dans le défaut, j'arrache, je trouve sa dague à sa ceinture, et je la passe sous son menton avant qu'il ait le temps de comprendre qu'il a été cueilli par une femme à moitié morte.

Il tombe sans bruit. Je récupère la clé accrochée à son fermoir. Je m'ouvre les pieds en douze secondes.

L'autre garde n'a rien entendu parce que l'autre garde est en train de pisser contre la palissade.

Je sors de la cage. Je traverse les trois mètres en quatre pas bas. J'ouvre la cage de lui sans même croiser son regard, j'enfonce la clé, je tourne, je pousse la porte.

Il se redresse.

Il fait deux têtes de plus que moi et il bloque la lumière de la torche d'un bloc. Je me dis qu'il va être encombrant. Je me dis ensuite que c'est exactement pour ça qu'on part à deux.

Il pose sa main à plat contre mon épaule, une seconde, une pression, et il me pousse vers la brèche, vers le nord-ouest. Il a vu quelque chose que je n'ai pas vu.

On court.

Il y a un cri derrière nous, le pisseur. Une flèche siffle et se plante à trente centimètres de ma cuisse. Je ne ralentis pas. Il saute la palissade basse d'un seul appui, atterrit de l'autre côté, et m'attend. Je passe par la brèche. Il me rattrape par le baudrier et il me tire dans la forêt.

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