LÉNA ORSO
Couverture de Marquée

Marquée

Nouvelle · environ 60 min de lecture · paru le 27 mars 2026

L'histoire

Marquée est une romance omegaverse de Léna Orso.

Premier jour au cabinet. Mon nouveau boss me capte à travers dix ans de bloqueurs.

Lundi, il ne dit rien – il respire. Mardi, sa main dans mon dos, et le gel craque une seconde. Mercredi, je neste chez moi sans comprendre. Jeudi soir, les bloqueurs lâchent. L'étage est vide. Il ferme la porte.

C'est moi qui dis oui. Lucide. Debout. Avant que le heat ne frappe. C'est moi qui monte sur lui. Moi qui décide quand le knot entre. Moi qui penche la nuque.

Quatre heures. Trois knots. Deux morsures. Marquée.

Extrait

Le début du livre

J'applique mes bloqueurs à sept heures du matin, debout devant le miroir de la salle de bain, comme tous les jours depuis dix ans. Le gel est froid sur mes glandes. Un petit rond translucide derrière chaque oreille, un sur chaque poignet. L'odeur chimique dure trois secondes, et puis plus rien. Plus d'odeur du tout. C'est le but.

Le cabinet Alster & Verne occupe le vingt-troisième étage d'un immeuble en verre sur Haussmann. Couloirs étroits, moquette grise, cloisons vitrées. Quatre associés, une douzaine de consultants, deux salles de réunion. Le genre d'endroit où les alphas portent des costumes à trois mille euros et où personne ne demande ta dynamique à l'entretien, mais tout le monde la connaît avant la fin de la première semaine.

Je suis omega. Personne ici ne le sait. C'est ma règle depuis la fac. Bloqueurs matin et soir, rendez-vous trimestriel chez le dermato pour vérifier que mes glandes ne saturent pas, et une façon de serrer les dents qui décourage les questions. Je n'ai jamais eu de heat. Enfin... jamais laissé un heat se terminer. Les suppressants font le reste.

La DRH me fait visiter. Open space, cuisine, salle de repos, la photocopieuse qui coince depuis apparemment six mois et personne n'a envoyé de ticket. Je retiens les prénoms. Je souris. Je serre des mains. Trois alphas dans l'open space, je les repère à la carrure, au territoire qu'ils occupent autour de leur bureau. Le gel tient. Pas une glande ne bronche.

La visite dure quarante minutes. Quarante minutes de néons, de moquette et de « tu verras, on est cools ici ». Je commence à me dire que ce cabinet ressemble à tous les autres.

Et puis le couloir du fond.

Il sort d'un bureau, téléphone à l'oreille, et je le prends en pleine face. Pas lui. Son odeur. Elle traverse mes bloqueurs comme s'ils n'existaient pas. Bois de cèdre, cuir, quelque chose de plus sombre en dessous, de chaud, de vivant. Mon pas ralentit sans que je le décide.

Il est grand. Costume anthracite, chemise blanche ouverte sur un bouton. Mains larges. Traits anguleux. Des yeux gris qui ne bougent pas quand ils se posent sur moi.

Il cesse de parler au téléphone.

Pas raccroche. Cesse. Mi-phrase. Comme si les mots avaient perdu leur importance.

On se regarde.

C'est un truc dans l'air. Pas visible, pas nommable. Mon sang accélère dans mes poignets, là où le gel est censé étouffer tout signal. Mes glandes pulsent une fois, brève, étouffée, et je sais qu'il l'a captée. Un alpha standard n'aurait rien senti. Lui, si.

La DRH dit quelque chose. Cassian Verne, associé fondateur, ton supérieur direct. Il hoche la tête. Reprend son téléphone. Repart.

Il n'a pas dit un mot. Pas besoin. Son odeur a dit tout ce que j'avais besoin de ne pas entendre.

Je connais la théorie. Fated mates : compatibilité phéromonale parfaite, reconnaissance biologique instantanée, un truc sur un million. Un concept qu'on aborde en cours de biologie secondaire entre le tableau périodique et la pause déjeuner. Je n'y ai jamais cru. Ou plutôt : je ne voulais pas y croire, ce qui revient au même quand on est omega et qu'on a construit toute sa vie sur le principe que la biologie ne décide pas à ta place.

Mon bureau est au bout de l'open space. Le sien est au fond du couloir. Vingt mètres, deux portes vitrées, un angle. Assez loin pour ne pas le croiser toutes les cinq minutes. Pas assez pour que son sillage ne flotte pas dans le couloir quand il passe.

À dix-huit heures, je range mon sac. Mes collègues discutent d'un afterwork. Je décline. Dans l'ascenseur, seule, je colle mon poignet contre mon nez. Le gel a tenu. Aucune fissure. Mais l'odeur de cèdre est encore là. Pas sur ma peau. Dans ma tête. Incrustée quelque part entre ma mémoire et mon instinct, là où les bloqueurs n'atteignent pas.

Mardi. J'arrive à huit heures trente, gel frais, chignon serré. Ma place est installée, mon écran allumé, un post-it jaune collé sur le clavier : « Bienvenue. RDV salle B 10h, CV ». L'écriture est droite, nette. CV. Cassian Verne.

La salle B est une boîte vitrée de six mètres carrés. Table ovale, quatre chaises, un écran mural, et une porte qui ferme bien. Quand j'entre à dix heures moins cinq, il est déjà là. Assis. Dossier ouvert. Il ne lève pas les yeux.

Je m'assieds en face. La porte se referme.

L'odeur m'atteint en trois secondes. Pas progressivement. D'un bloc. Le cèdre, le cuir, et cette note sombre en dessous que je n'arrive pas à nommer. Mes bloqueurs la filtrent, l'atténuent, comme un mur atténue de la musique. On entend quand même la basse.

– Le dossier Meridian, dit-il sans préambule. Audit interne, six semaines de délai, tu reprends où Lefèvre a lâché. Il a laissé un bordel considérable.

Sa voix est basse. Pas grave de façon affectée, juste basse, posée, comme quelqu'un qui n'a pas besoin de monter le volume pour remplir une pièce. Il parle du dossier. Des échéances. Des contacts clients. Je prends des notes. Mon stylo bouge. Tout fonctionne.

Mais mes poignets chauffent.

C'est subtil. Une pulsation légère sous le gel, comme un deuxième pouls. Tout réagit en moi à la concentration de ses phéromones dans cet espace clos. Six mètres carrés, porte fermée, ventilation médiocre. Je suis assise à un mètre cinquante de lui. Tout en moi le sait.

Je me frotte le poignet gauche avec le pouce de la main droite. Un geste réflexe. Auto-apaisement omega. Je ne m'en rends compte qu'au bout de dix secondes, quand je vois son regard descendre sur mes poignets.

Il ne dit rien. Son expression ne change pas. Mais il a vu.

Il sait ce que c'est. Un alpha qui ne reconnaîtrait pas un geste d'auto-apaisement omega n'existe pas.

Lire la suite sur Amazon

Si tu as aimé ce livre