
L'alien n'était pas une simulation
J'ai tout osé derrière l'écran, en me croyant seule. Il était réel depuis le premier soir, et il a tout vu.
- Alien
- Fated mates
- First contact
- Romantique
Novella · environ 1 h de lecture · paru le 12 août 2026
L'histoire
L'alien n'était pas une simulation est une romance alien de Léna Orso.
Je me suis inscrite à un programme de contact immersif avec une autre espèce. Réalité virtuelle, m'a-t-on dit. Un écran entre lui et moi, rien de réel, aucune conséquence. On m'a juré que personne ne me verrait.
Alors j'ai tout osé.
Je me suis déshabillée pour ce que je croyais une image. J'ai soutenu le regard d'un alien en me répétant qu'il n'existait pas. J'ai supplié un écran d'être un vrai corps. Et le dernier soir, le casque a glissé de ma tête, inerte, éteint. Il n'avait jamais rien diffusé. Il était là, réel, depuis le premier instant. Il a tout vu.
Chaque chose que j'ai osée en me croyant invisible, il l'a reçue. Gardée. Je devrais être furieuse, ou morte de honte. Au lieu de ça, savoir qu'il n'y a plus rien à cacher me consume... et il le sait.
Le début du livre
Le casque descend sur mes tempes et serre, deux paumes tièdes qui referment le monde. On m'a juré que rien de ce qui arriverait là-dedans ne compterait. La salle où je suis assise s'appelle une chambre de contact, murs nus, une seule chaise, une dalle de lumière au plafond qui ne projette aucune ombre.
Une voix sans timbre m'explique le programme. Contact culturel immersif, prononce-t-elle, deux fois, comme si la répétition rendait la chose anodine. Je vais rencontrer une autre espèce sans bouger de mon corps. Tout passe par l'interface. Tout est rendu. Le mot se loge dans mon oreille et y reste. Rendu comme une image sur un écran. Rendu comme un service qu'on me doit. On me tend une tablette, je signe à l'endroit qui clignote, et la signature aussi est rendue, un trait de lumière qui imite l'encre.
J'ai trente et un ans et j'ai choisi d'être là. C'est moi qui ai coché la case, moi qui ai lu la ligne en petits caractères et qui ai haussé les épaules. Immersion totale. Interactions de nature potentiellement intime. J'ai relu la phrase trois fois et j'ai souri, parce qu'une phrase ne peut pas vous toucher.
– Vous pouvez parler, bouger, faire ce que vous voulez, dit la voix. L'entité en face perçoit tout. C'est l'intérêt du protocole. Le réalisme dépend de votre engagement.
Mon engagement. Le mot me plaît et je décide, déjà, que je vais m'engager beaucoup. Personne ne me voit. C'est ça qu'on me vend, au fond, et c'est ça qui desserre quelque chose dans ma poitrine. Une pièce où je peux tout faire et d'où personne ne sort avec une image de moi. Le rêve d'une fille qu'on a toujours regardée une demi-seconde de trop dans la rue, dans le métro, dans les ascenseurs en verre.
La dalle au plafond s'éteint. Un point bleu naît dans le noir, à hauteur de mon visage, et grandit. Une eau qui s'éclaire de l'intérieur, sans source. Le bleu coule vers les bords, dessine une paroi, une membrane verticale dressée à deux pas de moi. Derrière, ça bouge. Une masse plus dense que le reste, qui se tient debout et qui attend.
Ma peau le sent avant que je distingue la forme. La membrane respire une tiédeur douce, elle me la pose sur les joues, sur la gorge, sur le haut de la poitrine que mon décolleté laisse à découvert. Je suis assise, habillée, et pourtant je me sens déjà offerte au degré près, comme si la paroi mesurait chaque centimètre de moi.
La forme avance d'un pas. Deux yeux s'allument, hauts, espacés, d'un ambre liquide qui ne cligne pas comme les nôtres. Le reste se devine. Des épaules trop larges, une ligne d'arêtes qui descend du cou aux hanches, une peau qui retient la lumière au lieu de la rendre. Il m'observe. Je le sais à la chaleur qui se déplace sur moi quand ses yeux bougent, du front à la bouche, de la bouche au creux entre mes seins, et qui s'attarde là où il s'arrête.
C'est une image, je me répète. Un rendu. Une espèce simulée pour une fille qui a payé pour frissonner sans risque.
Sauf que l'image ne se contente pas de me fixer. Elle attend. Elle me laisse le temps de me décider, et cette patience n'a rien d'un programme qui déroule un script. Je devrais entendre une voix d'accueil, un tutoriel, une consigne. Il n'y a que le silence de la membrane et ces deux yeux qui tiennent sur moi sans peser, sans réclamer, juste posés, et le silence à lui seul fait monter la braise d'un cran.
Je me lève. La chaise racle. De l'autre côté de la paroi bleue, les épaules suivent mon mouvement, montent quand je monte. Je porte une robe fine que j'ai choisie ce matin sans me l'avouer, et l'air de la chambre de contact la traverse, et je sais qu'il voit la forme de mon corps dessous parce que la braise s'y promène maintenant, paresseuse, le long de mes cuisses.
– Bonjour, dis-je, à une simulation, dans une pièce vide.
La masse derrière la membrane incline la tête. Elle ne répond pas avec des mots. Elle pose une main contre la paroi, à hauteur de la mienne sans que j'aie levé la mienne, et la membrane tiédit sous ses doigts, et cette chaleur me trouve la paume comme si c'était ma peau qu'il touchait. Trois doigts, un de trop, plus longs que les miens.
Rien de tout ça n'est vrai, je me dis. Alors je peux poser ma main à mon tour.
Je pose la paume contre la membrane. Elle cède un peu sous la pression, tiède, élastique, comme une peau tendue sur de l'eau chaude. De l'autre côté, ses trois doigts s'écartent pour épouser les miens. La tiédeur passe à travers et remonte le long de mon poignet, de mon avant-bras, et s'installe au creux du coude où je ne savais pas qu'on pouvait brûler.
La voix neutre prononce une dernière phrase. Session ouverte. Bonne immersion. Puis plus rien. J'attends un tutoriel, un menu, une consigne à suivre. Rien ne défile. Juste lui, et le silence, et moi qui reste là, la main collée à la sienne par une paroi qui n'existe pas.
– Tu es programmé pour faire ça, je dis. Pour me tenir la main au premier contact. Mettre la cliente à l'aise.
Il ne répond pas. Ses deux yeux restent sur moi, et sa main ne bouge pas de la mienne. Un programme aurait acquiescé, aurait sorti une ligne rassurante sur le confort de l'utilisatrice. Lui se contente de me regarder dire n'importe quoi, et son silence n'a pas l'air d'un bug. Il a l'air de quelqu'un qui me laisse parler parce que ça l'arrange.



