LÉNA ORSO
Couverture de J'ai signé pour l'alien

J'ai signé pour l'alien

Il fait deux mètres trente et son corps tremble quand je le touche.

Novella · environ 1 h de lecture · paru le 9 avril 2026

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L'histoire

J'ai signé pour l'alien est une romance alien de Léna Orso.

J'ai signé.

Le contrat dit : trente jours, un héritier, une prime qui couvre trois ans de loyer. La fonctionnaire qui m'a fait signer n'a pas précisé qu'il ferait deux mètres trente. Que sa peau serait grise et brûlante. Que des lignes bleues s'allumeraient sur son torse chaque fois que j'entre dans la pièce.

Le traducteur est tombé en panne le quatrième jour. Sa queue s'enroule autour de mon poignet quand il dort. Et le son que fait son corps quand je m'approche – grave, sourd, continu – a commencé à vibrer dans ma poitrine aussi.

Le contrat dit trente jours. Mon corps a arrêté de compter au douzième.

Extrait

Le début du livre

La station sent le métal chauffé et l'organique, un truc moite que je préfère ne pas identifier.

(C'est là que je me dis que j'aurais dû lire le contrat en entier. Pas juste les clauses financières. Pas juste le montant, qui est obscène, soit dit en passant, suffisamment obscène pour que j'aie coché « volontaire » sans demander à quoi ressemblait le seigneur de guerre en question.)

Ah oui, le contexte pour que vous compreniez un peu : j'ai vingt-sept ans, un master en xénobiologie que personne ne finance, un studio avec une fuite au plafond et un compte en banque qui fait un bruit triste quand je l'ouvre. Le genre de profil où « coopération reproductive avec un extraterrestre » finit par ressembler à un plan de carrière. Pas vrai ?

J'avance dans la station. Le couloir est trop large pour des humains. Les parois sont striées de marques qui pourraient être de la condensation ou de l'écriture. J'en ai aucune idée car le briefing de l'ambassade tenait sur une page et demie et se résumait à : trente jours, coopération reproductive, prime versée au retour. La fonctionnaire qui m'a fait signer avait exactement la tête de quelqu'un qui sait ce que « coopération reproductive » implique et qui a décidé de ne pas trop m'en dire, au cas où.

(Et il avait probablement raison.)

Le traducteur grésille à mon poignet. Je regarde le bracelet épais, gris, fabriqué par quelqu'un qui n'a jamais vu un poignet de mon espèce. Il traduit avec un délai d'une seconde et demie et une précision que je qualifierais de « créative ». Pendant le transfert depuis la navette, il a traduit « Veuillez suivre le protocole d'accueil » par « Le sujet est invité à se conformer au rituel d'insertion ».

J'ai failli faire demi-tour.

Je n'ai pas fait demi-tour parce que la prime couvre trois ans de loyer, la totalité de mon prêt étudiant et un billet retour en première classe. Pour juste trente jours, ça va. Trente jours de...

Le formulaire dit « coopération reproductive dans le cadre de l'accord diplomatique ». En clair : je couche avec un alien, je porte un héritier si ça prend, et je rentre. Apparemment, l'analyse génomique a confirmé la compatibilité. C'est rassurant ou terrifiant, selon l'heure de la journée.

(J'ai coché « volontaire » à 23h47. Aucune de mes bonnes décisions n'a été prise après 23h. Y a une leçon là-dedans, je pense.)

L'officier de liaison, humain, lui (petit détail qui me rassure plus qu'il ne devrait), me conduit à travers deux sas et un couloir en pente. L'air change. Plus lourd. Plus chaud. Ça sent le fer, et en dessous, du cuir neuf laissé trop longtemps au soleil.

– Vous êtes attendue dans les quartiers du commandant Krayt, dit l'officier, et je note qu'il ne me regarde pas quand il prononce ce nom. Le traducteur couvrira les échanges de base. Pour le reste...

Il hésite.

– Les précédentes volontaires disent que ça se passe bien.

Les précédentes.

J'ouvre la bouche. Je vais demander combien il y en a eu. Je vais demander pourquoi aucune n'est restée (c'est écrit dans le dossier, en petit, page six, entre la clause de rapatriement et celle sur les soins post-partum). Je vais demander pourquoi le formulaire dit « coopération » et pas « obligation ».

L'officier pousse la porte et je ne demande rien du tout.

La pièce est immense. Sombre. Éclairée par des lignes de lumière bleutée qui courent le long des parois comme des veines sous une peau trop fine. L'air pulse. Pas un son, une fréquence. Basse, régulière, qui remonte dans la plante de mes pieds à travers le sol en métal.

Et au fond de la pièce, quelque chose se lève.

Pas quelqu'un. Quelque chose. Parce que « quelqu'un » implique une échelle que je connais, des proportions que mon cerveau sait traiter, et ce qui se déplie dans la lumière bleutée ne rentre dans aucune catégorie de mon cortex préfrontal.

Il fait deux mètres trente. Peut-être plus, le plafond est haut et je n'ai pas de repère. Sa peau est gris-ardoise, striée de cicatrices claires qui traversent son torse nu comme des routes sur une carte. Le long de sa colonne vertébrale, des marques. Pas des tatouages. Des lignes intégrées sous la peau, d'un bleu sombre, le même bleu que les veines sur les murs. Éteintes, pour l'instant.

Ses yeux n'ont pas d'iris. Ambre uni, d'un bord à l'autre, et ils sont posés sur moi.

Derrière lui, ça bouge. Sa queue. Épaisse comme mon avant-bras, anthracite, terminée par une pointe effilée qui oscille à trente centimètres du sol. Elle ne fait pas de bruit. Elle attend.

Le traducteur grésille.

– Le commandant Krayt accueille le tribut.

Je me mords la joue.

(Tribut. Le mot que le formulaire ne contenait pas.)

Et puis son torse fait un truc.

Une vibration. Pas un son, une onde. Sourde, lourde, qui part de sous ses côtes et irradie dans l'air entre nous. Je la sens dans mes dents. Dans la cage de mes côtes. Dans un endroit de mon bas-ventre que je refuse de nommer.

Il n'a pas bougé. Il n'a rien dit. Mais son corps vient de faire une déclaration que le traducteur n'a même pas essayé de traduire.

Je serre mon sac contre ma hanche et je cherche quelque chose d'intelligent à dire.

Rien ne vient.

(Super.)

Les quartiers sont une seule pièce. Immense, mais une seule pièce.

Le lit est bas, large, assez large pour trois de moi ou un de lui, ce qui revient au même. Il est recouvert d'une matière sombre, souple, qui dégage une chaleur résiduelle quand je pose la main dessus. Le mur du fond est incurvé, percé d'une fente étroite qui donne sur l'extérieur : un ciel violet-brun, deux lunes, une plaine de roche qui s'étend à perte de vue. Pas un arbre. Pas une rivière. Rien de ce que mon cerveau associe au mot « paysage ».

(J'ai vraiment signé pour ça.)

Krayt ne dit rien. Il m'a montré l'espace d'un geste, sa main à quatre doigts traçant un arc lent qui englobait le lit, la cloison sanitaire, le plan de travail encastré dans le mur. Ses griffes étaient rentrées. J'ai noté ce détail comme on note la sortie de secours dans un avion : par réflexe.

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