
J'ai négocié avec un fae
Et c'est mon corps qui a payé
- Fae
- Pacte / invocation
- Romantique
Nouvelle · environ 55 min de lecture · paru le 13 avril 2026
L'histoire
J'ai négocié avec un fae est une romance monstre de Léna Orso.
Je suis venue récupérer un médaillon familial. Le prince fae a accepté de négocier.
Ses règles sont simples : chaque réponse a un prix. Le prix, c'est son glamour qui l'applique. Plus la conversation l'intéresse, plus la chaleur monte. Plus la chaleur monte, plus mon corps décroche de ma tête.
Au début, je faisais des vannes. Puis les vannes se sont raccourcies. Et les mots sont partis.
Il n'a pas eu besoin de me toucher. Du moins, pas la première fois. Après, le glamour a craqué. Et ce qu'il cache en dessous n'est pas humain.
Le début du livre
L'endroit ne ressemble à rien.
C'est le premier problème. J'avais imaginé un palais, des colonnes, du marbre noir veiné de
trucs qui brillent. Du lisible. À la place, je suis dans une clairière au milieu d'une forêt qui n'existait pas il y a dix minutes, assise sur une chaise en bois face à une table en pierre, et l'air sent la mousse humide et le métal chaud.
Le deuxième problème est assis en face de moi.
Faolan. Prince de la Cour d'Ombre. Celui qui a ce que je suis venue chercher.
Il est grand. Trop grand pour la chaise, trop mince pour ses épaules, et son visage est un affront
à la géométrie. Symétrique. Parfaitement, absolument, atrocement symétrique. Les humains ne sont jamais symétriques. On a une narine plus large, un sourcil plus haut, un coin de bouche qui tire. Pas lui. Ses traits sont un miroir replié sur lui-même. Peau lisse, pas un pore, pas une imperfection. Cheveux noirs, raides, brillants comme du plastique cher. Et ses yeux, gris pâle, les pupilles fixes, de la même taille qu'il regarde la table ou qu'il me regarde moi.
Il ne cligne pas assez.
Je le détaille comme on détaille un défaut de fabrication. Le nez : trop droit. La bouche : belle,
techniquement, mais le sourire ne monte pas jusqu'aux yeux. Les mains posées sur la table : doigts longs, ongles courts, immobiles. Tout est immobile. Il respire, probablement, mais je ne le vois pas.
Mon cerveau dit beau. Mon estomac dit fuis.
– Vous avez un objet qui m'appartient, je dis.
Ma voix est stable. Les mains, moins. Je les pose sur mes genoux sous la table.
– Appartient, répète-t-il.
Sa voix est basse et plate, sans inflexion, comme si le français était une langue qu'il avait apprise ce matin par politesse.
– Oui, appartient. Un médaillon, en argent, avec une chaîne fine et une gravure au dos. Ma grand-mère l'a perdu ici il y a trente ans. Je suis venue le reprendre.
Il penche la tête. Lentement. Comme un oiseau qui évalue un insecte.
– Je sais pourquoi vous êtes là.
– Formidable. En même temps, je viens de vous le dire, donc c'est pas non plus un exploit. Rendez-le-moi et je m'en vais.
– Ce n'est pas ainsi que les choses fonctionnent.
– Je sais. J'ai lu la documentation.
Ses lèvres bougent. Presque un sourire.
– Vous êtes drôle.
– On me le dit souvent. En général, ça ne m'avance à rien.
Il pose ses mains à plat. Les phalanges s'écartent, lentes. Chaque articulation se déplie séparément.
– Vous connaissez les règles. Chaque question que je vous pose, chaque réponse que vous me donnez a un prix. Le prix n'est pas fixé par moi. Il est fixé par ce que je suis. Plus la réponse m'intéresse, plus le prix monte.
– Et le prix, c'est quoi ?
– Mon glamour. Ma nature. Elle s'impose à proportion de l'attention que je vous porte.
– Donc si je suis chiante, ça coûte moins cher.
– Probablement.
– Je peux être très chiante.
– J'en suis convaincu.
Je serre les dents. Le marché est clair. Il a le médaillon. Je veux le médaillon. Le prix, c'est de rester assise ici pendant que sa nature me fait Dieu sait quoi.
– Et si je pars ?
– Vous pouvez partir à tout moment. La porte est là.
Il désigne un point derrière moi. Je me retourne. Un cadre de branches entrelacées, une ouverture sur la forêt normale, mon monde. À trois mètres.
– À tout moment.
– Oui.
– Et le médaillon ?
– Il restera ici jusqu'à ce que vous posiez les bonnes questions.
Je me retourne vers lui. Ses pupilles n'ont pas changé de taille. Ses mains n'ont pas bougé. Rien n'a bougé.
– Première question, je dis.
– Qu'avez-vous fait du médaillon pendant trente ans ?
La question est neutre. Factuelle. Il la pose comme on vérifie un numéro de dossier.
– Rien. Il était ici. Vous n'étiez pas là pour le réclamer.
– Ma grand-mère a essayé.
– Votre grand-mère n'a pas posé les bonnes questions.
Je cherche une réplique. J'ouvre la bouche.
Et la chaleur arrive.
Pas progressivement. D'un coup. Un mur de tiédeur qui me traverse le thorax, descend dans le bassin, s'installe entre mes hanches comme un poids. Ma peau picote. Mes avant-bras, d'abord. Puis ma nuque. Puis l'intérieur de mes cuisses.
Je ferme la bouche. J'expire par le nez.
– C'est le prix ? je demande.
– C'est le début du prix.
Sa voix n'a pas changé. Ses mains n'ont pas bougé. Il me regarde comme on regarde un relevé bancaire.
La chaleur ne part pas. Elle s'installe. Elle n'est pas désagréable. C'est pire que ça. Elle est juste assez agréable pour que mon corps la note, l'accepte, s'y ouvre sans que ma tête ait donné son avis. Je serre les jambes sous la table. Discrètement. Évidemment discrètement.
– Ça dure combien de temps ?
– Aussi longtemps que mon attention dure.
– Et qu'est-ce qui vous intéresse suffisamment pour maintenir votre attention ?
Il ne répond pas tout de suite. Son regard descend, une fraction de seconde, sur mon poignet posé sur la table. Mon pouls. Il regarde mon pouls.
– Ça, dit-il.
Je retire ma main de la table. Je la pose sur mon genou. Avec l'autre. Les deux maintenant, en dessous, là où il ne peut pas les voir.
Il peut probablement les voir quand même.



