LÉNA ORSO
Couverture de Désarmée par ma proie

Désarmée par ma proie

L'alien le plus recherché du quadrant. Il a tendu ses poignets le premier.

Novella · environ 1 h de lecture · paru le 28 mai 2026

L'histoire

Désarmée par ma proie est une romance alien de Léna Orso.

Trois cents kilo-crédits de prime. Soixante-douze heures de transit. L'alien le plus recherché du quadrant a tendu ses poignets le premier.

Je suis chasseuse de primes. Cinq ans de métier, des protocoles solides, une réputation d'archiviste froide. Je parle avant de tirer. Je formule avant de toucher.

Sauf que.

À mi-trajet, dans une cellule de quatre mètres carrés, le pôle des menottes magnétiques s'inverse.

Je devais le livrer vivant. Personne n'a précisé dans quel état je devais arriver, moi.

Extrait

Le début du livre

La menotte se referme sur son poignet avec un claquement propre, et j'ai un goût de métal dans la bouche.

Aucun fugitif du quadrant ne tend ses poignets de cette façon, comme on présente un verre.

Le cargo de transit ronronne sous mes pieds, soixante-douze heures avant la remise, et j'ai déjà rangé trois fois la même observation dans une case que je n'ouvrirai pas.

Je vérifie la prise. Le pôle attractif est calibré côté Threx, anatomie cuivrée, conductivité particulière, protocole bien documenté. La menotte épouse la peau d'Ash sans laisser de jeu. La diode passe au vert. Tout est dans les normes.

Il me regarde faire. Il ne me lâche pas.

– On peut s'asseoir, je dis.

– Vous me l'ordonnez ?

Sa voix est grave et légèrement dédoublée, deux cordes vocales, héritage d'espèce, rien d'inhabituel. Le retard d'une demi-seconde avant chaque réponse, par contre, c'est lui. Il calcule. Il prend son temps. Il choisit le mot.

– Je vous le suggère fortement.

– Voilà une nuance utile.

Il s'assied sur la banquette de la cellule, dos à la cloison, les poignets posés sur les jambes comme s'il avait répété le geste. Le compartiment fait quatre mètres carrés, banquette d'un côté, couchette de l'autre, sas d'hygiène en alcôve, hublot scellé au plafond. Tout ce qu'il faut pour transporter une prime sur soixante-douze heures, sans plus.

Je pose mon blaster dans le compartiment biométrique. La porte se verrouille à mon empreinte palmaire. Code de désactivation : trois mots de passe vocale, à moi seule, modifiables à mi-trajet si je le souhaite. Je ne le souhaiterai pas. Il faut une procédure ; la procédure est en place ; la procédure ne se modifie pas.

– C'est une jolie pièce, dit-il en suivant ma main du regard.

– L'arme ?

– Le compartiment.

J'aurais préféré qu'il parle de l'arme.

– Trois cents kilo-crédits de prime sur ta tête, je dis. Je ne prends pas de risque sur le rangement.

Le tutoiement est tombé. Je le remarque. Je ne le corrige pas. Corriger en pleine procédure, c'est admettre qu'il y avait une erreur. Et je n'admets pas d'erreur. Je formule.

Il sourit légèrement, sans dents. Sa peau cuivrée mate ne change pas, pour l'instant. Les veines du dos de ses mains sont calmes, d'un cuivre froid qui s'éteint vers les phalanges. Tout va bien. Tout est dans les normes.

J'active le scellement de la cellule. Sas extérieur verrouillé, comms passées en mode silence ferme, ni émission ni réception, anti-piratage standard, j'ai coché la case moi-même il y a deux semaines en préparant le contrat. La station de remise sera notifiée à T-1 heure par balise automatique. Avant ça, nous sommes seuls.

Je le regarde. Il me regarde.

– Vous avez prévu de dormir, à un moment ?

– J'ai prévu beaucoup de choses, je réponds.

– C'est ce qu'on m'avait dit.

Voilà.

Première phrase qui me déstabilise depuis trois mois. Phrase courte. Phrase neutre. Phrase qui pourrait vouloir dire que ma réputation circule, ou qu'il a parlé de moi avec quelqu'un, ou qu'il sait des choses que je ne sais pas qu'il sait. Trois lectures. Aucune ne me plaît.

Je note la phrase trois fois mentalement, pour la ranger dans une case qui s'appellera plus tard rien d'important. Je sais déjà que la case sera mensongère.

– Repos jusqu'à dix-huit heures, je dis. Je vous attache à l'anneau mural pour la nuit.

– Bien sûr.

Il ne dit pas merci. Il ne dit pas non plus rien d'autre.

Je sors de la cellule, ferme le sas derrière moi, et j'écorche la chair autour de mon pouce gauche dans le couloir, sans m'en rendre compte, jusqu'à ce qu'une goutte de sang perle.

Je ne m'en rends pas compte tout de suite.

La cabine de pilotage tient à peine plus de place que la cellule, mais elle est à moi seule, et c'est suffisant pour que je m'y sente exister à nouveau.

Je m'installe dans le siège, harnais, vérification du flight comp, vecteur préprogrammé. Le cargo n'est pas mon vaisseau habituel (j'ai loué cette coque à la flotte de transit indépendante pour ne pas être identifiée à l'arrivée), mais le tableau de bord est standard, sans surprise.

Je passe le briefing en revue à voix basse, par habitude.

Cible : Ash Therren, espèce Threx, dernière vue à Ravexin-9 deux semaines plus tôt. Extraction non autorisée de personnes hors juridiction. Prime : trois cents kilo-crédits, payable à la remise vivante. Préférence du commanditaire : vivant. Ma préférence : vivant. Tout le monde est d'accord, ce qui aurait dû me prévenir.

Notes terrain : la cible s'est présentée à l'heure dite, à l'endroit dit, sans escorte armée. La cible a tendu ses poignets en disant, très exactement : vous êtes celle dont j'ai entendu parler.

Je ferme le briefing. Mon pouce gauche saigne légèrement. Je presse un coton dessus et je l'oublie aussitôt.

Et je pense.

Penser n'est pas une activité que je pratique avec négligence. Je le fais comme je tire : par séquences précises, dans un ordre établi, avec un objectif. Je passe en revue les angles de risque connus : évasion physique (improbable, anatomie maîtrisée), évasion technique (improbable, comms scellées), retournement psychologique (à surveiller).

Je m'arrête sur la troisième.

Il a parlé deux fois en cabine. Le compartiment. C'est ce qu'on m'avait dit. Deux phrases. Un déplacement de mon attention de l'arme vers l'objet qui l'enferme. Un signal qu'il sait quelque chose sur moi que je n'ai pas mis dans le contrat. Ni l'un ni l'autre n'était hostile. Et c'est précisément ce qui me dérange. Les phrases hostiles, je sais quoi en faire.

J'ai l'impression que la cellule, deux ponts plus bas, est en train de respirer.

C'est ridicule. Une cellule ne respire pas.

La formulation est mauvaise. Je la corrigerai plus tard.

Je sors faire le tour des paliers de sécurité. Sas, jauges d'oxygène, fixations. Je redescends en passant devant la cellule. Je ne m'arrête pas. Je n'écoute pas. Je passe.

Si la cellule respirait, ce serait à une cadence régulière, calme, sans accélération particulière. Une lecture purement technique de l'anatomie Threx au repos. Je formule ; je ne devine pas.

Je continue.

À dix-huit heures précises, je rouvre le sas de la cellule.

Ash n'a pas bougé de la banquette. Il est dans la même position qu'il y a trois heures, dos à la cloison, mains posées, cuivre froid sur les phalanges. La cellule sent l'air filtré et un parfum imperceptible que je n'identifie pas tout de suite : légèrement musqué, légèrement métallique, entre le cuir tanné et l'ozone après une averse. Une signature olfactive d'espèce, sans doute. Rien sur quoi s'attarder.

– Repos, je dis. Je vous attache à l'anneau mural.

– Comme prévu.

– Comme prévu.

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