
Adjugée à l'alien
Vendue dans l'arène au guerrier que nul n'approche. Mais c'est moi qui ai rédigé le contrat.
- Alien
- Forced proximity
- Pacte / invocation
- Romantique
Novella · environ 1 h de lecture · paru le 8 juillet 2026
L'histoire
Adjugée à l'alien est une romance alien de Léna Orso.
Je suis à vendre. Une Terrienne sans vaisseau, sans crédits, mise aux enchères dans l'arène où les guerriers aliens achètent des compagnes. Au-dessus de ma tête, le prix grimpe.
Le plus grand de la salle me choisit sans une enchère : un seul geste, et tout le monde se tait. Quatre jours de traversée jusqu'à mon port, seule avec lui dans son vaisseau. J'ai rédigé mes clauses, fixé mon tarif, signé au bas du contrat.
Aucune de mes colonnes n'avait prévu ce qu'il me fait rien qu'en parlant. Ni le moment où c'est moi qui en redemande.
Le début du livre
La chaleur de l'Arène me prend à la gorge avant que j'aie passé le seuil, et ma première pensée, c'est que transpirer ici me coûte une eau que je n'ai pas. Combien vaut une Terrienne sans vaisseau, sans crédits, sans rien d'autre que ce qu'elle porte sur le dos ? Sur Khador-Vel, la réponse s'affiche en chiffres lumineux au-dessus de chaque plateforme, et j'ai appris à les lire en trois jours.
Trois jours que je suis coincée sur ce caillou. Mon transporteur m'a déposée, a encaissé l'acompte, et a redécollé sans le solde, parce que le solde, je ne l'avais plus. Bilan : zéro vaisseau, zéro retour, une dette de passage qui court. La seule colonne qui reste ouverte, c'est celle-là. L'Arène des compagnes.
Le principe tient en une ligne de contrat. Les guerriers qui rentrent de campagne avec de la solde et pas de lien achètent du compagnonnage : un terme défini, des clauses, une contrepartie. La marchandise entre par le portique, on l'évalue, on l'expose, on enchérit. La marchandise, ce soir, c'est moi.
Je serre le carnet contre ma hanche. Un vieux carnet à stylet, le seul objet que personne n'a voulu m'acheter, et dedans je tiens mes comptes comme d'autres tiennent un journal. Ce que vaut un passage longue distance. Ce que vaut un guerrier en âge de payer plein tarif. Ce que je suis prête à céder, et la ligne, surtout la ligne, en dessous de laquelle je ne descends pas.
Une matrone à la peau bleu-ardoise me fait avancer d'une poussée entre les omoplates. Elle me jauge comme on soupèse un fruit au marché, pince le tissu de ma manche, évalue mes dents d'un coup d'œil, et inscrit quelque chose sur sa tablette. Je la regarde faire et je fais pareil, en sens inverse. J'estime la salle. Hauts plafonds de métal noir, gradins pleins aux trois quarts, l'odeur de fumée et de chair tiède qui dit que les enchères ont commencé sans moi.
Sur la plateforme voisine, une fille aux cheveux rouges part pour un montant qui me coupe le souffle. Je convertis aussitôt. De quoi rentrer chez moi deux fois. De quoi payer la dette, racheter un passage, et garder une marge. Mon pouls s'accélère. C'est le calcul qui fait ça, et le calcul paie. La peur, elle, ne rapporte rien.
– Avance. Bras le long du corps. Tu parles si on te parle.
La matrone récite le protocole sans me regarder. Je m'exécute, parce que discuter coûterait du temps et que le temps, ici, se facture. Je monte les trois marches de la plateforme. La lumière me tombe dessus, blanche, frontale, et au-dessus de ma tête les chiffres s'allument à zéro.
Zéro. Le mot exact de ma situation.
En bas, les visages se tournent. Des guerriers de six races différentes, larges, cornés, écaillés, certains beaux à la manière dont une lame est belle, tous avec cette même façon de regarder une vente : sans hâte, en propriétaires qui n'ont pas encore choisi. Je soutiens leur regard parce que baisser les yeux ferait baisser le prix. C'est le seul levier que je possède encore. Ma valeur, c'est ce que j'arrive à leur faire croire qu'elle est.
Un premier signal monte. Trois doigts levés, quelque part dans la masse. Les chiffres au-dessus de moi cliquettent et grimpent d'un cran. Puis un autre. Puis un troisième, plus haut, sur ma gauche.
Je tiens mon compte. Je traduis chaque enchère en distance, en jours de vol, en clauses que je négocierai après. Tant que je calcule, je contrôle. C'est la règle que je me suis fixée en montant ici, et je compte bien la tenir jusqu'à ce que le marteau tombe.
Et c'est là, exactement là, que la salle se tait.
Pas d'un coup. Par vagues, depuis le fond, comme une nappe qui se retire. Les enchères s'interrompent en plein cri. Les chiffres au-dessus de ma tête se figent sur le dernier montant, et personne ne lève plus rien. Je cherche la cause, parce qu'une vente qui s'arrête, c'est une variable que je n'ai pas anticipée, et les variables non anticipées coûtent cher.
La foule s'ouvre. Elle s'écarte d'elle-même, sans qu'on l'y pousse, en laissant un couloir au milieu des corps. Et dans ce couloir, quelque chose avance.
Je dis quelque chose parce que ma première estimation n'arrive pas à le ranger ailleurs. Il est plus grand que tous les autres d'une tête entière. Large à proportion, une carrure qui mange la lumière au lieu de la renvoyer. La peau d'un gris sombre, presque minéral, fendue de cicatrices anciennes qui courent de la mâchoire à la gorge et plongent sous le harnais de cuir noir. Chacune raconte une chose qui aurait dû le tuer et ne l'a pas fait.
Les guerriers se rangent sur son passage. Eux, les acheteurs qui regardaient ma vente en propriétaires, ils reculent d'un demi-pas quand son ombre les frôle. Je tiens mon compte malgré moi : six races dans cette salle, et pas une qui le regarde en face.
La matrone à côté de moi se raidit. Sa tablette s'éteint entre ses doigts, oubliée. C'est le détail qui me dit le plus de choses. Une femme qui vend de la chair toute la journée, qui a tarifé des dizaines de filles sans ciller, et qui là, soudain, ne sait plus quoi inscrire.
Je fais mon propre bilan, vite, en montant les colonnes habituelles. Acheteur potentiel : oui. Capacité de paiement : sûrement, vu comment la salle plie. Mais la colonne du dessous, celle où je note ce qu'un homme veut vraiment, reste vide. Je ne lis rien sur lui. Aucun signe, aucune intention que je puisse traduire en clause. Et un acheteur que je n'arrive pas à lire, c'est un acheteur dont je ne peux pas fixer le prix.



