Tu connais sûrement la phrase, même sans avoir vu le film : Mars Needs Women, Mars a besoin de femmes. C'est le titre d'une série B tournée à Dallas pour la télévision, et c'est devenu chez les lectrices américaines le nom d'un trope à part entière. Des aliens qui manquent de femmes, une Terre qui en a plein, tu vois l'idée.
La newsletter Monster Romance Reviews lui a consacré le 17 août 2026 une longue enquête, puis un guide de lecture le 31 août. J'ai tiré le fil, des pulps de 1912 jusqu'aux grands aliens bleus de TikTok. Je te le déroule, et je te dis ensuite quels aliens t'attendent chez moi.
Cinq Martiens, trois mots et une fin que personne ne cite
Le film est diffusé en 1968, directement à la télévision. Larry Buchanan l'écrit, le produit et le réalise en deux semaines de tournage à Dallas, pour un budget estimé à vingt mille dollars. Au début, une station militaire décode un message venu de l'espace. Trois mots : « Mars... Needs... Women ».
L'histoire tient en une ligne. Une anomalie génétique fait que les Martiens n'ont plus que des garçons. Cinq d'entre eux, menés par Dop, viennent recruter des Terriennes pour sauver leur espèce. Ils repèrent une reine de beauté universitaire, une hôtesse de l'air, une strip-teaseuse, et surtout la docteure Marjorie Bolen, prix Pulitzer, spécialiste de « génétique spatiale ».
Et voilà la fin que tout le monde oublie. Dop tombe amoureux de Marjorie, au point d'être prêt à saboter sa propre mission pour elle. L'armée découvre leur cachette, les Martiens repartent sans aucune de leurs captives, et Mars a toujours besoin de femmes. Monster Romance Reviews le résume très bien : l'enlèvement échoue parce que l'alien s'attache à une femme plus brillante que lui et se met à tenir compte de ce qu'elle veut. En 1968, la menace avait déjà un pied sur l'étagère romance.
1912 : la princesse de Mars sort d'un œuf
Les pulps n'ont pas attendu la télé. En 1912, le magazine The All-Story publie en feuilleton le premier roman martien d'Edgar Rice Burroughs, qui deviendra Une princesse de Mars. John Carter, ancien soldat de la guerre de Sécession, se retrouve mystérieusement transporté sur Mars et tombe amoureux de Dejah Thoris, princesse de la cité d'Hélium.
Regarde le sens de la flèche : ici, c'est l'humain qui fait la cour, et c'est l'extraterrestre qui est le trophée. Burroughs assume la différence jusqu'au bout. Carter s'avoue amoureux d'« une femme éclose d'un œuf », et à la fin du roman, sur le toit de leur palais, dans une couveuse en or, repose un œuf blanc comme neige. Le couple vient le contempler main dans la main. C'est leur enfant. Pour 1912, avoue que c'est osé.
Une secrétaire de banque et des monstres aux yeux d'insecte
Dans les années 1930, les couvertures de pulps débordent de créatures hideuses penchées sur des demoiselles en détresse. En 1939, un lecteur, Martin Alger, les baptise bug-eyed monsters, les monstres aux yeux d'insecte.
Mais la plus célèbre histoire de séduction extraterrestre de l'époque est signée par une femme. Shambleau paraît en novembre 1933 dans Weird Tales, sous le nom de C. L. Moore. Derrière les initiales, il y a Catherine Lucille Moore, vingt-deux ans, secrétaire à la Fletcher Trust, une banque d'Indianapolis. Les initiales ne servent pas à cacher qu'elle est une femme : elle ne veut pas que son employeur sache qu'elle écrit à côté.
Sur Mars, un contrebandier sauve une jeune femme poursuivie par la foule. Elle n'est pas humaine. À la place des cheveux, elle porte des appendices semblables à des vers, elle se nourrit de la force vitale des hommes et les rend dépendants à une extase pure. Une Méduse de l'espace, désirable et dangereuse, écrite par une femme.
1967 : Spock doit s'accoupler ou mourir
Le 15 septembre 1967, Star Trek ouvre sa deuxième saison avec Amok Time, un épisode écrit par l'auteur de science-fiction Theodore Sturgeon. Spock devient irritable, et le docteur McCoy découvre que son état le tuera en huit jours. Spock finit par avouer : il traverse le pon farr, un cycle qui frappe périodiquement les Vulcains adultes. Il doit s'accoupler, ou il meurt.
Un désir biologique, involontaire, mortel si on le refuse, sur une grande chaîne américaine. Monster Romance Reviews le souligne avec gourmandise : c'était quarante-huit ans avant qu'Ice Planet Barbarians ne fasse la même chose. Tous les fated mates d'aujourd'hui ont un peu de pon farr dans le sang.
Et ce sont surtout des femmes qui s'en emparent : Spockanalia, le premier fanzine de la série, paraît la même année, et en 1973, 90 % des auteurs de fanfictions Star Trek sont des autrices.
Un café glacé au Kansas et des aliens bleus
En avril 2015, Ruby Dixon autopublie Ice Planet Barbarians. Des Terriennes enlevées par des aliens qui comptaient les vendre s'écrasent sur une planète gelée qu'elles surnomment Not-Hoth, et tombent sur une tribu de grands extraterrestres à la peau bleue, les sa-khui. Pour survivre, chaque nouvelle arrivante reçoit un khui, un parasite qui l'aide à supporter le climat et la pousse vers le partenaire qui lui correspond le mieux. La série appelle ça la résonance : ça vibre dans la poitrine, et le désir suit. Le pon farr, en version bleue et ronronnante.
Six ans plus tard, le 22 mai 2021, Emma Carter, vingt-deux ans, mise au chômage partiel au début de la pandémie et repartie vivre chez ses parents à Kansas City, se filme sur TikTok en préparant un café glacé et vante la série. En quelques semaines, les livres grimpent dans les meilleures ventes d'Amazon. Berkley réédite le premier tome en poche le 30 novembre 2021.
Ruby Dixon a expliqué à CNN ce qu'elle voulait écrire : des histoires plus douces, plus heureuses, avec une famille qu'on se choisit. Venant d'un trope né d'un titre aussi brutal, je trouve ça très beau.
La menace est devenue une promesse
Le guide du 31 août de Monster Romance Reviews pose le vrai basculement. Dans les années 1960, « Mars a besoin de femmes » était une menace. La romance d'aujourd'hui en a fait une promesse : tu es ce que tout un peuple cherche, et tu es en sécurité dans ses bras. La newsletter le dit franchement, et je la suis : ce trope joue exprès avec la captivité et le consentement. Si ça te fait grimacer, il existe des aliens bien plus tendres.
Dans son enquête du 17 août, elle le résume ainsi : Ruby Dixon et les autres ont surtout rappelé que cette histoire pouvait finir autrement. En 1968, Dop était déjà prêt à trahir sa mission pour une femme.
Tes prochaines lectures, si Mars t'a donné des idées
Si c'est le programme de reproduction qui t'intrigue, commence par J'ai signé pour l'alien. « La station sent le métal chauffé et l'organique, un truc moite que je préfère ne pas identifier. » Mon héroïne a signé un contrat : trente jours, un héritier, une prime qui couvre trois ans de loyer. Personne ne lui a dit qu'il ferait deux mètres trente, ni que le son grave de son corps finirait par vibrer dans sa poitrine à elle. Une novella romantique, un peu plus d'une heure.
Si tu préfères la planète hostile, Terraformation intime te lâche seule sur un caillou censé être mort. « Personne ne sait que je suis tombée. Personne ne viendra. » L'air la tue en douze minutes, et son seul moyen de respirer, c'est la bouche de Vahr, le géant de lumière qui descend de la crête et décide qu'elle est à lui. Une nouvelle romantique, un peu moins d'une heure.
Pour rire, Trois aliens et un malentendu. Mon héroïne a signé douze pages de formulaire sans en lire une ligne, et se retrouve seule humaine inscrite aux Olympiades d'Accouplement. « Donc j'observe. Et eux me regardent. » Trois prétendants, trois mondes, trois biologies. Mars avait besoin de femmes, eux sont trois pour une seule. Une comédie d'un peu plus d'une heure.
Et si tu as envie d'ombre, On efface tout après est une novella dark. « Quand rien ne reste, on peut tout faire. » Mon héroïne est payée pour oublier : après chaque session avec l'alien, on lui vide la mémoire. Son corps, lui, n'oublie pas, et l'alien se souvient de tout. Compte une heure, et lis les avertissements sur la fiche avant.
Par lequel commencer ?
Si tu veux rire, prends Trois aliens et un malentendu. Si tu rêves d'un contrat qui déraille et d'un alien qui vibre, c'est J'ai signé pour l'alien. Pour une heure de survie et de fated mates, Terraformation intime. Et si tu aimes quand ça fait un peu peur, On efface tout après.