« Fat Is Not a Bad Word » : gros n'est pas un gros mot. C'est le titre de l'interview de Mary, la créatrice du compte américain Fat Girls in Fiction, publiée le 10 septembre 2026 par la newsletter Monster Romance Reviews. Depuis bientôt cinq ans, elle défend une idée simple : la romance avec une héroïne ronde n'est pas une niche, c'est une envie que les livres ont longtemps ignorée.
Et quand on lui demande ce qu'elle lit en ce moment, elle répond qu'avec Halloween qui approche, ce sont les monstres, et que les orcs et les minotaures restent ses préférés. Autant te dire que j'ai souri. Je t'explique pourquoi ces deux-là sont si doués pour aimer les courbes, et je te présente les héroïnes qui prennent de la place dans mes livres.
Se voir enfin désirée sur la page
L'histoire de Mary commence pendant la pandémie, avec un livre pris un peu par hasard : Spoiler Alert d'Olivia Dade. Pour la première fois, elle lit une héroïne ronde qui n'essaie pas de maigrir et qui ne se déteste pas. Une héroïne qui obtient sa fin heureuse et qui est désirée exactement comme elle est. Elle raconte que ça lui a recâblé quelque chose dans le cerveau.
Depuis, ce que ses abonnées lui écrivent souvent, c'est merci. Merci de leur montrer des livres où elles se voient enfin trouver l'amour. Elle dit que lire une romance sur un corps qui ressemble au sien a quelque chose de réparateur, et je crois qu'elle a mis le doigt sur ce que la romance fait de mieux : te laisser être désirée sans condition, le temps d'une nuit de lecture.
Tous les tropes ont droit à leur héroïne ronde
La méthode de Mary tient en une phrase : prendre les tropes que tout le monde aime et les écrire avec une héroïne grosse. Elle en a fait une série, Fat Girls Belong in All Tropes, qui va de la romance au bureau aux petites lunettes coquines. Et à côté, bien sûr, elle fait des listes de monstres.
Sa première vidéo vraiment virale présentait trois livres avec des patineuses artistiques rondes. C'est très précis, presque confidentiel, et ça a pourtant explosé. Quand une recommandation aussi pointue trouve autant de lectrices, c'est qu'elles attendaient ces livres depuis longtemps.
Elle confie aussi qu'à l'approche d'Halloween, elle ne lit plus que des monstres. Cornes plutôt que griffes, précise-t-elle, même si les griffes arrivent juste derrière. Je partage son goût, et je pense savoir pourquoi les monstres et les héroïnes rondes s'entendent si bien.
Pourquoi le monstre ne voit pas de défaut
Dans beaucoup de romances contemporaines, l'héroïne ronde doit d'abord convaincre. Convaincre le héros, ses amies, ou se convaincre elle-même qu'elle mérite d'être regardée. La romance monstre renverse ce rapport de force dès la première page.
Face à un orc ou à un minotaure de deux mètres, tout ce que le monde trouvait en trop devient exactement ce que la créature cherche. Un corps qu'elle peut tenir sans craindre de le briser. De la chaleur. Des hanches où poser des mains immenses. Le size difference, cette différence de taille entre les deux partenaires, est d'ailleurs le trope le plus fréquent de tout mon catalogue, et avec une héroïne ronde il prend une saveur particulière : elle n'est plus jamais trop grande pour lui.
Il y a un nom pour ce qui se passe ensuite : le body worship, l'adoration du corps. La créature ne tolère pas les formes de l'héroïne, elle ne fait pas avec. Elle les vénère, lentement, zone par zone, et elle prend son temps pour le lui faire comprendre.
Le sacrifice, retourné comme une crêpe
Il y a un scénario auquel je reviens souvent, trois fois sur ces quatre livres. Un village terrorisé doit envoyer une fille au monstre. Et il choisit la plus lourde. Pas la plus pure, pas la plus belle : celle dont personne ne veut, celle qui prend trop de place.
Le village croit se débarrasser d'un problème. Le monstre, lui, reçoit un festin. Tout ce qui valait à l'héroïne des regards en coin devient exactement ce qu'il désire, et les villageois ne sauront jamais ce qu'ils viennent de lui offrir. C'est un retournement que j'aime beaucoup, parce qu'il remet chacun à sa place, et que la vengeance la plus douce, c'est d'être choisie avec gourmandise par celui qu'on vous jetait en pâture.
Quatre héroïnes qui prennent toute la place
« Ils m'ont enchaînée à l'aube. » Dans L'orc m'a choisie parce que je suis grosse, Jeanne est la fille qu'on envoie dans la montagne pour que la bête laisse le village tranquille une année de plus. Elle prend trop de place au banquet, trop de place sur le banc de l'église, et elle monte enchaînée, furieuse, prête à en finir. L'orc la soulève d'une main. Elle attend le coup, et c'est de la faim qu'elle lit dans ses yeux. Une novella romantique d'un peu plus d'une heure, pour celles qui aiment une héroïne qui crache des insultes pendant que son corps dit oui.
« Le maire évite mon regard, donc c'est moi. » La Grosse et le Minotaure prend le même point de départ par la comédie. Amélie assiste au tirage au sort le plus truqué de l'histoire, regarde les trente et une autres femmes éligibles respirer enfin, et part pour le Minotaure. Qui la pose comme une assiette et l'examine, zone par zone, avec un français plus cultivé que celui du curé. C'est le livre que je te conseille si tu veux rire.
Dans La créature m'a choisie pour mon gras, le village cherche une offrande et choisit la plus lourde, quatre-vingt-deux kilos serrés dans une robe blanche trop petite. « L'offrande, ils ont dit. Le mot est joli. » La créature qui l'attend au bout du sentier de la falaise ne la mange pas : ses tentacules cherchent la chaleur, et son corps en fabrique plus que toutes les filles maigres du village réunies. Une nouvelle romantique, moins d'une heure, pour découvrir les tentacules en douceur.
Et si tu veux un monstre bien élevé, L'ogre me vouvoie et me fait jouir t'emmène dans un cottage du Yorkshire. L'héroïne a quitté Londres, sa bouilloire met onze minutes à chauffer, et son voisin est un ogre de deux mètres qui boit son Earl Grey à dix-sept heures pile et la vouvoie. Les femmes du coin se croient en sucre. Elle, il peut la tenir. Et sous le tweed, trois mille ans de bonnes manières ne résistent pas à un thé.
Par lequel commencer ?
Si tu veux rire, prends La Grosse et le Minotaure ou L'ogre me vouvoie et me fait jouir, ce sont deux comédies. Si tu préfères une héroïne en colère et un orc qui la dévore des yeux, c'est L'orc m'a choisie parce que je suis grosse. Et si tu es curieuse des tentacules sans oser te lancer, La créature m'a choisie pour mon gras est une très bonne porte d'entrée.