LÉNA ORSO

Halloween : pourquoi la nuit des monstres est devenue la saison de la romance monstre

Par · Publié le 8 octobre 2026

« Spooky season has arrived » : la saison qui fait peur est arrivée. C'est ainsi que le site américain Smart Bitches, Trashy Books ouvrait, le 2 octobre 2026, sa sélection de romances queer d'octobre, en promettant des livres qui font « the perfect Halloween treat », la friandise d'Halloween parfaite.

J'ai moi aussi un bal de monstres tout neuf à te proposer pour le 31. Mais d'abord : pourquoi cette nuit-là ? Pourquoi est-ce fin octobre que les morts reviennent, que les loups sortent et qu'on a envie de lire des monstres ? La réponse a plus de mille ans, elle passe par l'Irlande, l'Écosse, l'Amérique et le Trocadéro, et elle parle déjà de mariage.

Samhain, la nuit où les tertres s'ouvrent

Avant Halloween, il y a Samhain (Samain, en français). Chez les Gaëls d'Irlande et d'Écosse, la fête tombe le 1er novembre : fin des récoltes, début de l'hiver, entrée dans la moitié sombre de l'année. Et comme le jour celtique commence au coucher du soleil, tout se joue dès le soir du 31 octobre.

Les plus anciens textes irlandais, à partir du IXe siècle, en font le moment où les tertres funéraires s'ouvrent comme des portes sur l'Autre Monde. Les esprits passent, les morts aussi : on disait que leurs âmes revenaient à la maison, et on leur gardait une place à table et au coin du feu. En Bretagne, au XIXe siècle encore, on leur laissait de quoi manger sur la table, le soir de la Toussaint.

Et les monstres ? Ils sont déjà là. L'Acallam na Senórach, un grand récit irlandais composé vers 1200, raconte que trois louves-garous sortaient chaque année de la grotte de Cruachan, une porte de l'Autre Monde d'où l'on disait que des créatures surgissaient à Samhain, pour s'attaquer aux troupeaux. Un musicien joue, elles reprennent forme humaine, et un guerrier les transperce de sa lance. La romance, tu t'en doutes, a prévu une autre fin pour ses loups.

Le mot, lui, vient de l'Église

Au IXe siècle, l'Église fixe au 1er novembre la fête de tous les saints. En anglais, c'est All Hallows' Day, et sa veille s'appelle All Hallows' Eve, que les Écossais contractent en Hallowe'en. Halloween veut donc dire : veille de la Toussaint. Les historiens discutent encore de ce que la fête doit à Samhain et de ce qu'elle doit à cette veillée chrétienne.

En 1785, le poète écossais Robert Burns consacre à cette nuit un long poème, Halloween. Il précise en note qu'elle passe pour celle où sorcières, diables et autres êtres malfaisants sont de sortie, et où les fées tiennent leur grande fête annuelle. Tout le casting est en place.

Un masque, une porte, et le visage de ton futur mari

C'est en Écosse qu'on trouve les premières traces du guising, dès le XVIe siècle : on se déguise pour aller de maison en maison, à Halloween mais aussi, souvent, au Nouvel An. Les récits du XIXe siècle décrivent la tournée d'Halloween : on récite des vers ou on chante, contre de quoi manger. On imitait peut-être les esprits et les morts pour recevoir les offrandes à leur place, et se déguiser comme eux passait aussi pour protéger d'eux. Les jeunes Écossais, visage masqué, peint ou noirci, promettaient des ennuis à qui les recevait mal. Pour s'éclairer, pas de citrouille : un navet creusé, sculpté d'une figure grimaçante.

Pendant ce temps, à la maison, on interrogeait l'avenir, et surtout le mariage. Deux noisettes au bord du feu, l'une à ton nom, l'autre au nom de celui que tu désires : si elles grillent sans sauter, c'est gagné. Et l'on promettait aux femmes à marier que, dans une pièce sombre, le soir d'Halloween, le visage de leur futur mari apparaîtrait dans le miroir.

La nuit où les monstres passent la frontière est aussi celle où l'on cherche qui on va aimer. La romance monstre n'a eu qu'à poser la question : et si le visage dans le miroir avait des crocs ?

Un aller-retour par l'Amérique

Au XIXe siècle, les émigrants irlandais et écossais emportent la fête en Amérique du Nord. Le navet y devient citrouille, plus grosse et plus tendre à sculpter. Les monstres, eux, changent d'allure : l'imagerie d'Halloween puise désormais dans le roman gothique et le cinéma d'horreur, avec Dracula, la créature de Frankenstein et le Loup-Garou.

La France, elle, tombe dedans d'un coup. Le 31 octobre 1997, le New York Times décrit un Paris pris de fièvre : plus de 8 000 citrouilles étalées sur l'esplanade du Trocadéro par France Télécom, pour vendre son téléphone portable à coups d'affiches orange vantant « Olaween ». Près de trente ans après, le marchand américain de cartes de vœux Hallmark intitule ses tendances 2026 « More than a night » : plus qu'une nuit, parce que de plus en plus de gens fêtent Halloween tout le mois.

Et le bal, alors ?

Le bal masqué apparaît dans la noblesse française dès le Moyen Âge. Son épisode le plus connu est un drame. Le 28 janvier 1393, à Paris, pour les noces d'une demoiselle d'honneur de la reine Isabeau de Bavière, le roi Charles VI et quelques compagnons se déguisent en « sauvages », dans des costumes de toile enduits de poix et couverts d'étoupe de lin, masqués. Une torche met le feu aux costumes. Quatre hommes en meurent. Le roi doit la vie à la duchesse de Berry, qui le cache sous sa robe pour le protéger du feu. C'est le bal des Ardents.

Trois siècles plus tard, par une ordonnance du 31 décembre 1715, le Régent autorise des bals publics à l'Opéra, où nul n'entre sans masque. On y danse pendant le carnaval, deux ou trois fois par semaine, de onze heures du soir au petit matin. Une nuit entière, des masques, des inconnus dont on cherche à deviner le nom : garde ces trois ingrédients en tête.

Tes prochaines lectures, si tu cherches une romance d'Halloween

Mon roman d'Halloween vient de sortir : Les trois monstres du bal me veulent. Audrey est wedding planner, sa boîte coule demain matin, et à trois heures du matin un avocat très pâle frappe à sa porte. Un bal privé, le 31 octobre, « de minuit à l'aube », six cents invités, budget sans plafond. « Une soirée d'Halloween », dit-elle. « Mon client n'emploie pas ce mot. » Le client s'appelle Dracula. Son cahier des charges interdit l'ail et les miroirs (tant pis pour la divination), réclame quarante salons de repos et précise : « Des masques seront fournis à l'ensemble des invités. » Autour de lui, un chef de la sécurité loup-garou et un DJ de deux mètres dix, « cousu main, disons », qui demande la permission avant chaque geste. Audrey compare, et pas que les devis. Une comédie très épicée, why choose, un peu plus de cinq heures de lecture.

Pour les morts qui rentrent à la maison, Le Fantôme me touche chaque nuit : un appartement acheté pour rien, parce que l'ancien propriétaire est mort dans l'immeuble. « Les morts ne me dérangent pas », tranche l'héroïne. Puis elle trouve les photos d'un homme brun dans un tiroir coincé, dit à voix haute qu'il avait l'air beau, et la température chute de dix degrés. Il écrit dans la buée du miroir. Le soir, elle a la clé, elle pourrait dormir ailleurs. Elle tourne la serrure. Une nouvelle romantique, moins d'une heure.

Pour les loups et le feu de camp, La Proie. « La chasse a lieu à la première lune noire d'automne. » Les omégas non liées courent dans la forêt, les alphas chassent, et celui qui attrape garde jusqu'à l'aube. Cette nuit d'octobre, l'héroïne a choisi le nord, le territoire de Thane, l'alpha qui ne court jamais : il marche. Une novella dark d'un peu plus d'une heure, lis les avertissements sur la fiche avant.

Et si la magie maison te tente, J'ai invoqué un démon dans mon studio : un grimoire à quatorze euros sur Vinted, un cercle en masking tape, trois bougies Ikea parfum vanille. La formule ressemble à du latin, et Google la traduit par « la chèvre mange le jardin ». Nora la récite quand même. « Parce que je suis la fille qui appuie sur le bouton. » Elle obtient un homme très grand, trop beau, pieds nus sur son masking tape. Le rituel de renvoi compte cinq étapes, et à la cinquième, c'est elle qui mène. Une novella dark d'un peu plus d'une heure, avertissements sur la fiche.

Par lequel commencer ?

Si tu ne veux qu'un seul livre d'Halloween pour adultes, c'est Les trois monstres du bal me veulent : le bal a lieu le 31, tu as jusque-là pour le finir. Si tu n'as qu'une soirée et envie d'un frisson tendre, Le Fantôme me touche chaque nuit. Si tu veux courir dans les bois en sachant très bien vers qui, La Proie. Et si tu préfères rester chez toi avec trois bougies, J'ai invoqué un démon dans mon studio.

Toutes mes romances d'Halloween

Sources

Tu as aimé cet article ? Ajoute-moi à tes sources préférées sur Google, tu verras passer mes prochains articles plus facilement.

Quatre romances d'Halloween à lire