Le 29 septembre 2026, le site américain Reactor rapportait une envie de Lili Reinhart, l'actrice de Riverdale : adapter un roman court de vampire lesbien. « Les gens ont trop peur de faire ça », a-t-elle dit au micro de Hits Radio. Elle n'a pas donné de titre. Les fans ont aussitôt ouvert les paris, et le nom qui revient en tête a plus de cent cinquante ans : Carmilla.
Rien n'est signé : c'est une envie, et des suppositions. Mais elles tombent bien. Trois jours plus tard, le 2 octobre, le blog Under the Covers publiait un programme de lectures vampire, du folklore à Lestat. Je t'ai déjà raconté comment Polidori a sorti le vampire du cimetière pour l'installer au salon. Voici la suite : comment le prédateur qu'on fuit est devenu l'amant qu'on choisit.
Carmilla, 1872 : un désir que le livre ne nomme jamais
Carmilla est un roman court de l'Irlandais Sheridan Le Fanu, paru en feuilleton dans la revue The Dark Blue entre fin 1871 et début 1872, puis en recueil la même année. Vingt-cinq ans avant Dracula. Laura vit avec son père dans un château isolé de Styrie, en Autriche. Un soir, une voiture se couche sur le flanc à deux pas du pont-levis. On recueille au château la jeune voyageuse, qui a l'âge de Laura. Elle s'appelle Carmilla.
Et Carmilla ne se contente pas de mordre. Elle prend la main de Laura, promène ses lèvres sur sa joue et lui murmure (je traduis) : « Tu es à moi, tu seras à moi, toi et moi ne faisons qu'une pour toujours. » Laura en reste tremblante. Elle se demande même si son amie ne serait pas un jeune amoureux déguisé. Ce qu'elle éprouve, elle l'appelle une excitation « agréable », mêlée de peur et de dégoût. Under the Covers a la bonne formule : les deux jeunes femmes glissent dans quelque chose que le livre ne nomme jamais tout à fait.
Voilà la première marche. Le désir est là, mais personne n'a le droit de le dire, et le monstre doit mourir : Carmilla est démasquée et détruite. Sauf que Le Fanu laisse le dernier mot à Laura, qui, plus de dix ans après, sursaute encore en croyant entendre son pas léger à la porte du salon. Elle ne l'a pas choisie. Elle ne l'a pas oubliée non plus.
Dracula, 1897 : le comte n'a rien d'un petit ami
Bram Stoker connaissait son Le Fanu. À Dublin, il a tenu, sans être payé, la critique théâtrale du Dublin Evening Mail, un journal dont Le Fanu a été copropriétaire. Quand Dracula paraît en mai 1897, on pourrait attendre un séducteur. Raté.
Relis le portrait que fait Jonathan Harker : un grand vieillard à la longue moustache blanche, des poils au creux des paumes, une haleine fétide. Quand le comte se penche sur lui, Harker a la nausée. Le roman est fait de lettres, de journaux intimes et d'articles de presse, et jamais on n'y lit le point de vue du comte. Under the Covers prévient d'ailleurs ses lectrices : Dracula n'a pas l'étoffe d'un petit ami.
Le charme, alors ? Il vient de la scène et de l'écran : une pièce de 1924, puis le film de 1931, où Bela Lugosi fait du comte un aristocrate séduisant quand celui du roman était repoussant. Le vampire est devenu agréable à regarder. Il restait à l'écouter.
1976 : Anne Rice tend le micro au vampire
Anne Rice s'en charge. Entretien avec un vampire, son premier roman, paraît en avril 1976 (1978 en France). Tout est dans le titre : Louis de Pointe du Lac raconte deux siècles de sa vie à un journaliste. Cette fois, c'est le monstre qui parle, et il souffre.
En 1791, Louis est le jeune maître d'une plantation d'indigo en Louisiane. Il pleure son frère, cherche la mort, et croise Lestat, qui fait de lui un vampire. Mais Louis répugne à tuer des humains et boit le sang des animaux. Un vampire qui a des scrupules : retiens bien ça. Plus tard, il part chercher ses semblables en Europe de l'Est et n'y trouve que des cadavres animés, sans esprit. Le vampire habite désormais La Nouvelle-Orléans, la ville où Anne Rice est née.
Ce chagrin a une source. Anne Rice a écrit le roman peu après la mort de sa fille Michele, emportée enfant par une leucémie. Elle a inspiré Claudia, la petite vampire qui ne grandira jamais.
Lestat, lui, prend la parole en 1985 dans Lestat le vampire, où on le retrouve en rock star. En 1994, le film de Neil Jordan lui donne le visage de Tom Cruise, face à Brad Pitt en Louis. Under the Covers écrit qu'aimer Lestat est une expérience à peu près universelle. Je ne vais pas la contredire.
2005 : la romance lui donne le premier rôle
Chez Rice, on aime le vampire, mais personne n'y finit heureux. La fin heureuse arrive par étapes. En 1993, Laurell K. Hamilton lance Anita Blake avec Plaisirs coupables : une chasseuse de vampires face au vampire Jean-Claude. En 2001, dans Quand le danger rôde de Charlaine Harris, Sookie Stackhouse, serveuse télépathe en Louisiane, tombe amoureuse de Bill, un vampire. Dans son univers, l'invention d'un sang synthétique dispense les vampires de se nourrir sur les humains.
Puis vient l'automne 2005. En septembre, J.R. Ward publie Dark Lover. Le 5 octobre, Stephenie Meyer publie Twilight, Fascination en français. Chez Ward, Wrath est le dernier vampire de sang pur, chef d'une confrérie de guerriers, et Beth Randall une demi-vampire qui ignore tout de sa nature. Le roman arrive en France en 2010, chez Milady, sous le titre L'Amant ténébreux. Pour Under the Covers, c'est le moment charnière où le vampire devient un vrai héros de romance. Il y en avait eu avant, précise le blog.
Mesure le chemin. Laura subissait Carmilla, et le récit exigeait que la vampire meure. Beth, elle, a droit au danger et au désir dit à voix haute, avec un vampire qui est le héros de son histoire d'amour.
Tes prochaines lectures, si tu préfères choisir ton vampire
Une précision : aucune de mes quatre histoires de vampire n'est une romance entre femmes. Mes vampires sont des hommes. Ce que j'ai gardé de cette longue histoire, ce sont des héroïnes qui sonnent à la porte, qui reviennent, qui tendent le cou.
Si les scrupules de Louis t'ont touchée, commence par Le vampire est sobre depuis 200 ans. Mon héroïne est donneuse de sang assignée, deux séances par semaine, 450 ml. Son receveur, Ezra, ne boit que du synthétique. « À la première séance, j'avais sursauté. À la deuxième, j'avais mis des gants. À la troisième, je ne mettais plus de gants. » Puis elle se coupe sur une ampoule. Une nouvelle dark de moins d'une heure : lis les avertissements sur la fiche avant.
Si ce sont les clans et les confréries qui te plaisent, Sept morsures, une couronne. Une fille élevée par sept clans pour une seule nuit, à genoux sur la pierre des serments, au centre d'un cercle de patriarches immortels qui attendent leur tour. « Qu'ils comprennent, en mordant, que je ne tremble pas. » Une novella dark de près d'une heure et demie, avertissements sur la fiche.
Pour deux vampires qui se connaissent par cœur, Une mortelle pour deux vampires. Ombeline authentifie des portraits. Elle a reconnu le même homme sur une photo de 1847 et sur une vidéo de 2019, puis elle est allée sonner. Ils partagent un hôtel particulier du Marais depuis le XVIIe siècle, et un serment : ne jamais toucher une mortelle. Une nuit d'orage, elle se retrouve derrière leur porte entrebâillée. « J'étais venue chercher un verre d'eau. » Une novella romantique d'un peu plus d'une heure, avertissements sur la fiche.
Et pour le prédateur qu'on ne fuit pas, La Morsure. Un bar de Lyon qui ferme, un grand homme pâle devant un verre plein. « Il a l'air de quelqu'un pour qui le temps ne pèse pas. » Deux canines dans le cou, dans une ruelle, à trois heures du matin. Le lendemain, elle retourne au même bar pour qu'il recommence. Une nouvelle dark de moins d'une heure, avertissements sur la fiche.
Par lequel commencer ?
Si tu aimes le vampire qui se retient, Le vampire est sobre depuis 200 ans. Si tu veux le rite et l'assemblée qui regarde, Sept morsures, une couronne. Pour la version romantique, un serment et deux vampires sous le même toit, Une mortelle pour deux vampires. Et si tu veux une rencontre de nuit qui va vite, La Morsure.